De la schizophrénie dans le bocage

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Nul doute que cela fut réussi. Une chaine de plus de 35 000 opposants ont transformé la ZAD en protection du bocage. Et puis, il y avait les autres, dispersés, que la farandole n’excitait point ou qui n’avait pas pu la joindre lors de la photo officielle. Et ceux comptent aussi.

Qu’importe, car l’aéroport de Notre Dame des landes a encore pu constater combien le bocage lui disait non. Il n’y a d’ailleurs pas que les futures pistes qui se voient opposer un refus des potirons, bien que les écologistes et autres verts tiennent à ce qu’aucune autre contradiction n’émerge du bocage. Cela à grands renforts de « ne nous dispersons pas ». Les slogans doivent rester « agricoles ». A peine peut-on crier « Duflot démission ». Pourtant l’invective s’accompagne alors de sourires discrets, un rien complices. Quoi, qu’est-ce à dire ? Des écologistes contesteraient un projet de leur gouvernement, voire même un de leur ministre ? Ne nous égarons pas, rappelle-t-on avec plus ou moins de conviction. Non, l’Ayraulport ne passera pas, car les écolos désavouent le droit d’une « entreprise privée » (sic) à installer son terminal. Et puis, les verts ne seraient pas « au pouvoir ». Modestement, ils seraient « dépendants » des « oukases socialistes ». Voilà bien une schizophrénie drôlement aveuglée.

A y regarder de plus près, il est quand même fort de café de constater si peu d’embarras dans la critique. Car nos « amis » les écologistes défendraient la planète contre les promoteurs et constitueraient, si l’on peut dire, le « dernier rempart » contre les décisions de saccager la nature. J’ai bien essayé de comprendre comment cela était possible, mais à moins de sombrer dans une cécité schizophrène, je n’ai pas compris. Il est vrai que le mouvement écologiste a été rejoint par nombre de révoltés et que son parti-pris à demi libertaire lui offre parfois un capital de sympathie inaliénable. Mais à quoi servent les écologistes sinon à nous tromper ? Sont-ils contre l’état ? Non, contre l’autorité et la police ? Au contraire, ils en redemandent. Contre le salariat ? Non plus.

L’épuisement de ce que les marchands appellent des « ressources » apparaît dans la même ligne d’horizon que l’entassement des ordures. Après des siècles de misère, l’avenir de notre planète est désormais devenu clairement compromis. Il n’a fallu que quelques centaines d’années pour que le rapport marchand ravage la majeure partie de la planète, minéraux, végétaux, animaux. Mais voilà. Le capitalisme ne perd jamais seul. Les salariés en sont totalement dépendants pour survivre. Il n’y a pas d’en dehors du monde marchand. Partout, le capitalisme a étendu sa domination et sa guerre totale à ce qui fait le vivant. Le capitalisme a fait du travail salarié non seulement notre unique moyen de vivre, mais aussi notre seule existence sociale. Le travail salarié est une première violence faite à notre humanité. Mais sans travail, le salarié n’est plus qu’un paria. Le chômage est une seconde violence.

Ayant compris l’insupportable rôle du productivisme et annoncé la fin de l’exaction aveugle des ressources, les écologistes proposent alors une exploitation plus modérée, plus régulée en appelant l’état à organiser le rationnement. Certains apparemment décroissants prônent un jeûne volontaire de la consommation. Tout reste à vendre, même les déchets. Mais quoiqu’il en soit, le credo écologiste reste en plein accord avec le capitalisme : il faut que le salarié baisse sa consommation pour que la planète puisse encore supporter plus longtemps l’exploitation. En prêtant une oreille incrédule à ce raisonnement, je constatai que le prolétaire est encore floué, et plus même, puisqu’il est rendu responsable du saccage. Non, l’écologisme n’est pas une utopie libératrice, elle prolonge l’économie marchande par l’économie de la poubelle et l’exploitation par la misère volontaire. En prônant l’abstinence du consommateur, l’écologisme n’échappe nullement à la pauvreté classique du vieux monde. L’écologisme veut seulement rendre la marchandise plus présentable, écolo-compatible, voire équitable, mais sans aucune critique du rapport marchand. Le rapport marchand est une exploitation grossière qui économise notre vie à en mourir. L’écologisme n’y pourra rien. La question sociale ressurgit nécessairement.

Alors que viennent faire ces capitalistes du dénuement dans la ronde autour de ZAD ? Car, elle n’est pas anodine cette utilisation de l’espace reconquis, cette connivence de façade. Il s’agit pour les militants verts de contrôler, avec bienveillance certes, les protestataires qui partent à l’assaut de la reconquête des lieux, d’autant que chacun peut les reconnaître libertaires. L’escroquerie écologiste reste pourtant sensible et certains contestataires ne savent encore comment construire leur parole sans les apports hypocrites du discours écolo.

Occupons, occupons toujours le terrain. Car, nous, les opposants, tous ceux de la ZAD, sont beaucoup plus que ce que la farandole en voulu en faire. Ici se rencontrent des antiautoritaires, des anarchistes, des autonomes et autres antifas. Les révoltés n’ont nul besoin de se connaître pour se reconnaître. Nous sommes les résistants de la vie quotidienne, les expérimentateurs de l’anti-autoritarisme et les insurgés de la vie sociale. La ZAD est comme le point de ralliement provisoire de nos existences rebelles. Nous tous, nous le savons. La Commune n’est pas morte.

Thierry Lodé

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Sexualité : les animaux ne manquent pas de pratiques !

Article de Futura Sciences.

Bien souvent, on résume la sexualité animale à la reproduction. Pourtant, l’Homme et les autres animaux s’adonnent à des pratiques diverses et variées qui montrent bien que l’acte sexuel n’est pas limité à la procréation : la masturbation, la fellation et la sodomie ne sont pas, en effet, seulement des pratiques inhérentes à l’humain.

« S’il devait exister une norme dans l’activité sexuelle des animaux, ce serait la diversité des pratiques. » Cette phrase vient de Thierry Lodé, spécialiste français de la question. L’espèce humaine n’est pas ignorante en la matière. De bons conseils sont même donnés dans le célèbre Kâmasûtra, livre indien écrit entre le VIe et le VIIe siècle. De leur côté, si les animaux ne savent ni lire ni écrire, ils sont tout à fait capables de faire preuve d’imagination lors de ces moments privilégiés. D’ailleurs, ils ne s’en privent pas !

« Il ne faut pas confondre acte sexuel et copulation, reprend le chercheur. Il existe beaucoup d’autres pratiques dans le milieu naturel. » Ceux qui ont un chien mâle à la maison en savent quelque chose : il est parfois envahi par le désir de se masturber. Les primates en général, les kangourous, mais aussi les tortues ou les criquets ne se gênent pas non plus.

Après l’onanisme du criquet, la fellation de la chauve-souris

Malgré tout, le sexe, c’est mieux à deux. Or, on a tendance à penser que dans le règne animal, il se limite à un rapport génital entre mâle et femelle. C’est faux. La fellation se pratique aussi chez nos plus proches cousins. Mettons de côté les bonobos, connus pour leur libertinage. Les orangs-outans n’hésitent pas à goûter aux plaisirs du sexe oral. Plus éloignée de nous dans l’arbre phylogénétique, la chauve-souris s’y adonne aussi, ce qui a valu à ses découvreurs le prix Ig Nobel 2010 de biologie. Une belle consécration.

Comme le démontre cette vidéo, la chauve-souris Cynopterus sphinx pratique la fellation. Cela prolongerait l’accouplement et augmenterait les chances de fécondation. © Madbal, YouTubeLa sodomie aussi se retrouve chez nos amis les bêtes. Chimpanzés, chiens, rats, taureaux… Elle a été observée chez de nombreuses espèces, et pas seulement lors de pratiques homosexuelles. Pourtant, elle n’a pas fait l’objet de vastes investigations de la part des scientifiques, qui ont sûrement encore beaucoup à découvrir sur la question.

Les pratiques sexuelles limitées par l’anatomie

Quand vient l’heure du rapport génital, l’espèce humaine n’a pas, là non plus, le monopole des positions. « Si le missionnaire est [la position] la plus utilisée chez l’Homme, gorilles ou orangs-outans aussi font l’amour en face-à-face, précise Thierry Lodé. Cette position a même été observée de manière exceptionnelle chez les chiens. Cependant, du fait de leur anatomie, elle est rendue très difficile. » Les contraintes anatomiques de la position du missionnaire expliqueraient pourquoi elle se retrouve surtout chez les grands singes hominoïdes.

Notre bipédie nous permet d’exprimer plus librement nos désirs et de diversifier davantage notre façon de faire, dans certaines limites, toutefois. « La sodomie est très peu pratiquée à la missionnaire chez l’espèce humaine, mais beaucoup plus généralement dans une position de levrette. Nous nous adaptons à la position et à la conformation de nos organes, nous aussi ! »

Autrement dit, la sexualité animale ne se donne pas d’autres limites que celles que le corps impose. Diverses, les pratiques ne sont pas toutes vouées à la reproduction : la preuve que le sexe n’a pas pour unique vocation la procréation. Il y a aussi, dans l’ensemble du règne animal, une dimension de plaisir.

Séduction : t’as d’belles phéromones, tu sais ?

Article de Futura Sciences.

Par Janlou Chaput, Futura-Sciences

Avant acte sexuel, il y a souvent séduction. Et si certains sens semblent plus utilisés que d’autres selon les espèces, il ne faut pas négliger l’ensemble des informations sensorielles qui émanent de l’être désiré. L’Homme, comme le papillon, se laisse par exemple envoûter par les phéromones du partenaire, comme l’explique à Futura-Sciences Thierry Lodé, grand spécialiste français de la sexualité animale.

Les espèces ne peuvent se perpétuer que si elles se reproduisent. Or, elles ne le font pas de manière hasardeuse. En 1871, Charles Darwin décrivait déjà dans son ouvrage La Filiation de l’Homme une notion nouvelle dans les sciences naturelles : la sélection sexuelle.

En approfondissant ses réflexions sur la sélection naturelle, il est le premier à avoir compris que chez les espèces sexuées, l’appariement était la conséquence de sélections, basées sur un certain nombre de critères. De la même façon que deux êtres humains se choisissent pour fonder une famille, les animaux ont eux aussi leurs propres fondements pour déterminer leur partenaire.

Ainsi, chacun met tout en œuvre pour plaire à l’autre sexe. Comment cela se passe-t-il ? Thierry Lodé, éthologue et spécialiste en écologie évolutive aux universités de Rennes 1 et d’Angers, donne à Futura-Sciences son point de vue sur la question.

Ne négliger aucun sens dans la sélection sexuelle

« Chez l’Homme comme chez les autres espèces animales sexuées, la séduction repose sur un ensemble de paramètres qui mettent en jeu tous les systèmes sensoriels. La question amoureuse est tellement importante qu’en général, on utilise tous les canaux à notre disposition », explique-t-il. Se mêlent alors des mécanismes conscients et inconscients qui vont animer l’individu.

« Il ne faut surtout pas rater une occasion lorsqu’elle se présente. La vue, l’odorat, le toucher et l’ouïe sont réquisitionnés et interviennent tous ensemble, aussi bien chez nous que chez les animaux. C’est la combinaison de tous ces facteurs qui font que l’on est séduit (ou pas) par l’autre », ajoute le chercheur.

Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir.
Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir. © Darkone, Wikipédia, cc by 2.5

Tomber amoureux par l’odeur

Si un physique, une voix et de la tendresse peuvent créer une inclination, nous n’avons pas consciemment le sentiment d’accorder beaucoup d’importance à ce que nous révèle notre nez. Pourtant, certains travaux scientifiques (parfois controversés) révèlent l’influence des émanations dans le sentiment amoureux chez l’Homme.

Par exemple, des études montrent que les femmes préfèrent les odeurs de sueur des hommes dotés d’un système immunitaire complémentaire au leur, de façon à engendrer une descendance très bien armée pour résister aux maladies. D’autres racontent que la copuline, une phéromone sécrétée par le vagin des primates (donc aussi par celui des femmes), indiquerait aux mâles la disponibilité sexuelle. Faut-il y croire ?

Des baisers pour découvrir les secrets de l’autre

« Les phéromones jouent un rôle dans la séduction chez l’Homme, tout comme la beauté, la parole, l’activité sociale, etc., reprend Thierry Lodé. On a souvent tendance à résumer l’attirance par un ou plusieurs canaux sensoriels dans le monde animal et à négliger les autres. On connaît par exemple l’importance des phéromones chez les papillons. Mais à elles seules, elles sont insuffisantes, et les autres sens interviennent avant ou après pour permettre l’accouplement. Même si leur part dans la séduction humaine est nettement moins forte, elles contribuent, à un certain niveau, au sentiment amoureux. »

Un autre exemple marquant est celui du baiser. « Hommes et animaux cherchent dans la salive de l’autre, à proximité de l’organe voméronasal [spécialisé dans la détection des phéromones, NDLR] du palais, à mieux cerner le système immunitaire du partenaire afin de déterminer la compatibilité. » Une immunité différente implique une complémentarité et une descendance plus résistante aux maladies, exactement comme avec la sueur. « D’où le refus de parenté dans le sexe, allant à l’encontre de la diversité », souligne le spécialiste.

Toutes les informations se mélangent dans notre cerveau qui analyse l’ensemble des données, et tombe parfois amoureux. « Il est impossible de résister au désir », conclut Thierry Lodé. Les corps se rapprochent : ils s’apprêtent enfin à passer à l’acte.

Sexualité : pour faire l’amour, commençons par faire la guerre

Si dans la nature on dit que les opposés s’attirent, ce n’est pas pour autant qu’ils font bon ménage. Ainsi, mâles et femelles du monde animal, parce qu’ils ont choisi des options différentes, entrent dans un conflit ouvert où il faut apprivoiser l’autre pour user au mieux de sa stratégie de reproduction. Ainsi est née la sexualité. Et la guerre qui l’accompagne, comme l’explique Thierry Lodé à Futura-Sciences.

La vie n’a pas besoin de sexe pour se reproduire. En témoignent les bactéries, certaines plantes, des champignons, voire quelques vertébrés : un clone de soi peut suffire. Pourtant, de nombreuses espèces, y compris la nôtre, ne peuvent se passer de ces relations privilégiées qui s’obtiennent souvent au prix d’efforts considérables. Pourquoi se donner tant de mal ?

En 1871, Charles Darwin inventait le concept de sélection sexuelle, inspiré de celui qu’il avait développé 12 ans plus tôt avec la sélection naturelle. Poussés par le désir de reproduction, mâles et femelles se livrent à des jeux de séduction, parfois gracieux, parfois violents, parfois impressionnants, de manière à susciter l’intérêt de l’autre. Chacun tente de trouver son ou sa partenaire, et ceux qui ont la chance de réussir sont en droit de goûter au sexe.

La sexualité animale : une guerre des genres

Mais la bagarre ne fait que commencer. « Les mâles et les femelles entrent dans un conflit sexuel , explique à Futura-Sciences Thierry Lodé, spécialiste d’écologie évolutive aux universités de Rennes 1 et d’Angers. Les mâles sont dans le quantitatif, les femelles dans le qualitatif. » Autrement dit, ils ne sont pas faits pour s’entendre… Pourtant il faut bien trouver un compromis !

Cette guerre réside dans les stratégies adoptées par les deux sexes. « La femelle mise sur un ovule de grosse taille qui exige beaucoup d’énergie. Son homologue investit sur le nombre et la mobilité. Ce processus contradictoire s’appelle l’anisogamie : les cellules sexuelles sont très dissemblables. Ainsi, la réussite d’un des deux sexes n’est pas celle de l’autre », détaille l’éthologue.

Les lionceaux risquent gros si jamais un nouveau mâle prend le contrôle de la troupe. Pour rendre les femelles sexuellement disponibles, les nouveaux maîtres des lieux se débarrassent de leurs petits afin d'engendrer une nouvelle descendance, porteuse de leurs gènes.
Les lionceaux risquent gros si jamais un nouveau mâle prend le contrôle de la troupe. Pour rendre les femelles sexuellement disponibles, les nouveaux maîtres des lieux se débarrassent de leurs petits afin d’engendrer une nouvelle descendance, porteuse de leurs gènes. © David Dennis, Wikipédia, cc by sa 2.0

L’infanticide, la solution extrême des mâles

Les rivaux ont plus d’un tour dans leur sac. « Pour s’assurer de la paternité, une espèce de mouche dispose d’un sperme hautement toxique. Si la femelle ose se reproduire avec un deuxième mâle, elle risque la mort. » Mieux vaut se montrer fidèle.

La mort est l’issue dans d’autres situations encore. Il existe ce cas célèbre du lion qui prend possession d’une troupe de lionnes. Le nouveau dirigeant se débarrasse des descendants de son prédécesseur sans demander l’avis des femelles. Celles-ci voient leurs portées décimées. Si elles veulent de nouveaux petits, elles devront se laisser approcher par le mâle dominant. « L’infanticide est le summum du conflit sexuel : la reproduction d’un des deux sexes réduit directement la descendance de l’autre », précise Thierry Lodé.

Le libertinage des femelles pour adoucir les mâles

Les femelles ne sont pas en reste. La mante religieuse n’hésite pas à dévorer son mâle pendant l’acte sexuel, par exemple. Mais parfois, elles usent de comportements bien plus subtils, comme dans notre espèce. « Le plus souvent, les femelles n’ont pas intérêt à faire savoir au mâle qui est le père. Ainsi, l’homme, pour être certain de ne pas se faire voler sa place, se prive de nombreuses conquêtes et reste auprès de sa belle. » Voilà peut-être l’une des raisons qui nous pousse à former des couples (plus ou moins) durables !

Une communauté de chimpanzés forme une grande famille. Même si les petits sont très liés à leur mère, ils passent de bras en bras et les mâles de la communauté contribuent à leur éducation. On ne sait jamais : dans le lot, il y a peut-être le leur...
Une communauté de chimpanzés forme une grande famille. Même si les petits sont très liés à leur mère, ils passent de bras en bras et les mâles de la communauté contribuent à leur éducation. On ne sait jamais : dans le lot, il y a peut-être le leur… © Shiny Things, Fotopédia, cc by 2.0

Pour les chimpanzés, comme pour la loutre ou d’autres animaux, la sournoiserie est poussée plus loin. « Les femelles vont copuler avec la plupart des mâles qui les intéressent et font preuve d’une très faible sélectivité. Chaque mâle qui passera se dira que ce sont peut-être ses petits, et ne manifestera alors aucune agressivité, limitant fortement les risques d’infanticide », poursuit le spécialiste ès sexualité.

Faites l’amour, pas la guerre ?

Chez nos proches cousins, ce comportement volage pousse les mâles à adopter tous les jeunes du groupe, et non à focaliser leur attention sur un ou quelques petits. « L’adoption existe dans le monde animal, avec le cas extrême du coucou [NDLR : qui pond dans le nid d’une autre espèce]. Les bêtes n’accordent en général pas beaucoup d’importance à leurs géniteurs, mais identifient très souvent les individus avec qui elles ont été élevées. » Il n’y a qu’à se rappeler des oies du célèbre éthologue autrichien Konrad Lorenz, suivi par toute une couvée d’oisillons dont il avait pris soin.

« Finalement, la vision moderne de la sexualité animale démontre quelques faiblesses dans la théorie de la sélection sexuelle telle que formulée par Darwin », affirme Thierry Lodé. Le naturaliste britannique défendait l’idée que chacun était animé par « le désir de laisser un maximum de descendants, ou de transmettre au mieux ses gènes dans une conception plus moderne. Or, le conflit des sexes pousse à réduire la reproduction de l’autre. La seule chose qui vaille dans cet antagonisme, c’est la possibilité de consentir ensemble à la reproduction. » Les hippies clament depuis longtemps qu’il faut faire l’amour plutôt que la guerre. La science semble nous dire qu’il faut d’abord se battre pour pratiquer le sexe.

Sexe des bêtes – bêtes de sexe sur Radio Prun’

Le labo des savoirs, mercredi 28 novembre à 19h

Sexe des bêtes – bêtes de sexe

La sexualité, pourquoi existe-elle ? Y a-t-il un avantage à la pratiquer finalement ? Le Labo des savoirs explore ces questions et vous présente la guerre des sexes chez les animaux avec notre invité Peter Beninger, chercheur biologiste à l’Université de Nantes. Car même chez les animaux, les sexes ne sont pas d’accord…

L’un des meilleurs spécialistes de la sexualité animale, Thierry Lodé, professeur à l’Université d’Angers nous fait découvrir l’origine biologique des bisous ! Il nous parle également de ses recherches sur le putois d’Europe, de leur homosexualité et de la biodiversité amoureuse dans le monde animal.

Découvrez-y de stratégies féroces et de bizarreries amoureuses telles les pratiques cannibales des araignées, les cris des tortues géantes, les chants des grenouilles, le kidnapping des crabes et l’incroyable amour fusionnel de la Baudroie Abyssale. Les petits poissons mâles de cette espèce sont incapables de se nourrir seul. Ils doivent impérativement rencontrer une femelle pour survivre et, une fois trouvée, s’accrocher à elle, à tel point que leurs tissus fusionnent pour toute leur vie…

Une émission du Labo des savoirs pour tout savoir sur des bêtes de sexes et le sexe des bêtes.

Le Rendez-vous des curieux :

– La guerre des sexes chez les animaux, Thierry Lodé, Odile Jacob, 2006
Une savoureuse description des stratégies et des bizarreries amoureuses du monde animal.

– La biodiversité amoureuse – sexe et évolution, Thierry Lodé, Odile Jacob, 2011
Une réflexion aboutie sur l’évolution des espèces qui remet en question le Darwinisme classique.

Une émission animée par Pauline Lebel, Mariette Libouthet et Elisabeth Nogues, dirigée par Gabriele Hess-Fernandez.

« La sexualité animale » (France Inter le 07/11/12)

Thierry Lodé était invité le 07 novembre dernier dans l’émission « La tête au carré » sur France Inter.

Réécoutez l’émission : http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-la-sexualite-animale

sexualité animale © Radio France – 2012 / romain guy

« Bêtes de sexe – La Séduction dans le monde animal », l’exposition consacrée à la diversité des méthodes de séduction et de reproduction dans le monde animal et végétal se tient au Palais de la Découverte depuis le 23 octobre dernier.

 « Bêtes de sexe » expose plus de 100 spécimens d’animaux naturalisés, des photos, des films, ainsi que des courts métrages sur la sexualité animale réalisés par Isabella Rossellini.

Pourquoi la nature a-t-elle inventé la sexualité ? Pourquoi les femelles sont-elles particulièrement exigeantes dans le règne animal ? Comment les mâles s’assurent-ils de leur paternité ?

 Comment le sexe a-t-il tout changé dans l’évolution ? Comment la sexualité s’est-elle imposée comme la forme dominante de reproduction pour plus de 95% des espèces animales ?

Plaintes et soupirs amoureux, chasse et désir… L’évolution est-elle un roman d’amour ou plutôt une guerre des sexes ?

 

avec Thierry Lodé, professeur d’Écologie et d’Ethologie animale aux Universités d’Angers et de Rennes. Il est l’auteur de La Biodiversité amoureuse, le sexe et l’évolution et La Guerre des sexes chez les animaux, une histoire naturelle de la sexualité, parus aux éditions Odile Jacob.

>>> Visiter le site de Thierry Lodé

et Marie Canard, biologiste, responsable de l’unité « Sciences de la vie » d’Universcience. Elle a travaillé sur l’exposition « Bêtes de sexe – La Séduction dans le monde animal ».

La nature n’a rien contre le mariage homosexuel.

Cessons de mentir aux enfants car, non, il n’y a rien dans la nature contre le mariage homosexuel. Depuis que s’impose l’idée du vote d’une loi parlementaire instaurant le mariage pour tous, voilà que se réveillent de vieux démons contre l’union homosexuelle. Les vieilles discriminations ont encore du mal à être refusées en dépit d’une évolution sensible des mœurs humaines.

 Après avoir vainement prétendus que l’homoparentalité se heurtait à une supposée vertu psychologique parentale, les manifestants contre l’homosexualité appellent la biologie à la rescousse, affirmant que « la parentalité serait biologiquement irréductible » et que « l’homosexualité serait contre-nature ».

 C’est bien mal connaître les choses de la nature.

Car l’homosexualité est parfaitement répandue chez nombre d’espèces animales. Et même l’élevage d’une progéniture par deux parents du même sexe constitue une banalité naturelle. Comme beaucoup d’oiseaux, les cygnes, les oies des neiges de même sexe s’apparient régulièrement pour élever ensemble une nichée. Des centaines d’exemples ont été scientifiquement attestés depuis les insectes jusqu’aux mammifères. Et des espèces se reproduisent même sans mâles. Les lézards Aspidocelis uniparens, par exemple, s’adonnent à des amours entre femelles qui déclenchent ensuite la formation de descendants à travers une reproduction sans fécondation, appelée parthénogénétique. Plusieurs milliers d’espèces connaissent des amours homosexuelles et cajolent une progéniture issue de ces passions singulières.

Le mariage reste un contrat juridique dans lequel l’état établit une reconnaissance des pratiques amoureuses et reproductives, et oblige les deux contractants. Qu’on se souvienne que le mariage est resté longtemps discriminatoire, réduisant la femme à une mineure perpétuelle et les enfants à une possession juridique. C’est pourquoi les anarchistes, par exemple, ont toujours préféré l’union libre. Le mariage a encore ses limites. Par exemple, il est étonnant que, encore aujourd’hui en France, l’institution du mariage privilégie la confusion entre géniteurs et parents.

Biologiquement en tout cas, une certaine divergence persiste entre ces deux rôles. Chez de nombreuses espèces animales, il n’y a pas d’identité entre le géniteur et le parent. C’est à dire que non seulement les animaux pratiquent l’adoption des orphelins, mais l’élevage lui-même peut être réalisé par d’autres membres de la communauté, sans que la progéniture ne soit associée à un père particulier par exemple.

Alors, s’appuyer sur l’insuffisance de la formation naturaliste de nos contemporains pour refuser le « mariage pour tous » reste un navrant symptôme de l’ignorance de l’histoire naturelle, même au pays de Lamarck et de Buffon. Cela révèle combien l’éducation populaire à la science est encore imparfaite et combien la vulgarisation des connaissances universitaires s’avère insuffisante.

Il n’est toutefois pas nouveau que les réactionnaires tentent de tirer des énoncés normatifs à partir des descriptions de la biologie. Mais, en réalité, il n’existe dans la nature aucune autre norme que la diversité des conduites sexuelles. L’évolution biologique trouve précisément son origine dans cette variété. Il y eut un temps où des biologistes ont autorisés des propos racistes, eugénistes ou ségrégationnistes. Cependant, l’évolution des connaissances biologiques a toujours contredit ces hypothèses. Et aujourd’hui, il n’est plus possible de s’appuyer sur la science ou sur la faune pour étayer de tels propos discriminatoires. Ils sont de la seule responsabilité de ceux qui les profèrent et les universités ou l’Académie des Sciences devraient clairement les condamner

En fait, au-delà du problème sociétal que pose cette question du mariage, la sexualité n’est évidemment pas réductible à la reproduction et nombre de comportements sexuels existent en dehors de la copulation hétérosexuelle proprement dite y compris chez les animaux. Les singes, les chauves-souris se masturbent, les lions se câlinent entre mâles, les macaques se caressent entre femelles. La nature ne dit rien contre la sexualité libre

Car la biodiversité est amoureuse et les espèces se perpétuent justement à travers leur désir et divergent de ne plus s’aimer

Thierry Lodé, Professeur d’écologie évolutive

Conférence-débat le 26 octobre : « Le sexe ? Ca ne sert à rien ! »

Conférence-débat avec Thierry Lodé, auteur de « La biodiversité amoureuse » et de « La Guerre des Sexes chez les Animaux ».

Vendredi 26 octobre à 20h00, librairie Les Nuits Bleues, 21 rue Maillé à Angers (49).

Sur Le Mouv’ : Sex Party chez les animaux

Emission du 24/08/2012 sur Le Mouv’, à réécouter ici : http://www.lemouv.fr/diffusion-sex-party-chez-les-zanimaux

 » Non, personne ne vit chez les bisounours, pas même les animaux! Thierry Lodé explique comment l’accouplement n’est qu’une pause dans une vie de conflit! Autrement Mathilde arrive au bout de son défi, alors surprise! Et Christophe voit se lever le jour avec Sally, la super taxi-driveuse!

La guerre des sexes dans le monde animal expliqué par le biologiste Thierry Lodé, c’est tout de suite plus marrant. La copulation n’est que le moment de calme et de repris entre les êtres vivants. Les conflits entre mâles, entre femelles et entre mâles et femelles sont perpétuelles…

Et comment ça se passe chez nous, les êtres humains? Et si les conflits de couples étaient on ne peut plus naturel?

Thierry Lodé explique tout ça… et peut-être que vous vous comprendrez mieux après cette dernière Terrasse de l’année! C’est le petit cadeau de l’équipe!

Le rideau métallique du kiosque se lève sur Colette avec Bérangère Portelier, rédactrice en chef. Dans tous les bons kiosques de France et de Navarre, vous trouverez le hors-série de Causette jusqu’au 12 septembre, alors dépêchez- vous parce que vous trouverez toutes les pépites de « On nous prend pour une quiche »! Quarante-trois quiches

Mathilde, quant à elle, continue son défi : se remettre en forme pour la rentrée ! J18 Mathilde arrête les plans looses!

Et le feuilleton de la semaine avec le retour de Christophe Payet : Une nuit dans un taxi. Episode 5: Sally, entre chien et loup.

Le conseil de lecture pour une rentrée paisible: La guerre des sexes chez les animaux de Thierry Lodé (Ed. Odile Jacob) « 

Sarkozy et Hollande refusent la grâce présidentielle : une disgrâce pour la France

Article publié sur le site internet du Nouvel Observateur.

LE PLUS. A son arrivée à la tête de l’Etat, Nicolas Sarkozy avait rompu avec la tradition de grâces collectives et d’amnisties. Pour Thierry Lodé, biologiste et professeur d’écologie évolutive, la politique carcérale et les prisons sont une telle honte en France que les grâces mériteraient d’être rétablies.

Ils l’ont dit à deux. Les deux candidats à la présidence l’ont annoncé discrètement, mais unanimement : il n’y aura pas de grâce présidentielle pour les condamné-e-s, personne ne sera libéré en 2012. Les prisons resteront remplies de tous les petits délits.

 

Nouvelle prison d'Annoeullin d'une capacité de 688 prisonniers, Lille,le 21 juin 2011 (B.CHIBANE/SIPA)

Nouvelle prison d’Annoeullin d’une capacité de 688 prisonniers, Lille,le 21 juin 2011 (B.CHIBANE/SIPA)

La grâce présidentielle n’est pas une simple mansuétude

Il faut reconnaître que l’action de grâce du président a quelque chose du « droit divin », comme un privilège autocrate d’un autre temps, un décret charitable, le seigneur hautain mais magnanime qui gracie la plèbe coupable dans la fange. La grâce n’empêche rien de la déchéance du condamné, elle surpasse la justice en octroyant une concession à la dureté des peines : le président possède la prérogative de pardonner. Comme au monarque, l’indulgence présidentielle dépasse le tribunal et impose sa miséricorde.

Et pourtant, combien est attendu ce geste humanitaire dans les geôles républicaines, quand chacun s’accroche là au plus petit espoir de revenir à la vie sociale.

Mais, quand bien même l’existence démocratique de la grâce présidentielle est discutable, son application fait bien plus que cela. Elle n’est pas une simple mansuétude bien qu’elle ne s’adresse en général qu’à des petits délits et amendes de police. La clémence présidentielle donne un autre signal, elle annonce le besoin de réformer la répression, de changer les choses, de travailler à comprendre le fait carcéral. Bien sur, la grâce n’est qu’une microscopique remise en cause de la sévérité de la justice, mais elle en dénonce la rigueur, elle introduit un rien de débat dans un lieu qui n’en a pas.

Nos prisons sont une honte

Car, il faut le redire, la justice actuelle s’appuie toujours sur l’immense gâchis carcéral. Et la prison est encore plus qu’un échec, elle est une honte. En se privant du droit de grâce, le futur président pense-t-il encore l’ignorer ? Oublier que les peines ont tellement augmenté qu’elles ont passé le seuil du déraisonnable ?

La honte carcérale ne tient pas dans l’état délabré des cellules vétustes ni dans l’insupportable surpopulation des personnes incarcérées. Pas seulement en tout cas. Le traitement carcéral et le surpeuplement bafouent encore trop souvent la réalité des droits de l’Homme. La prison, c’est aussi l’institution de la brimade systématique, la légalisation du non droit. Mais construisez des prisons modèles, modernisez les cachots, additionnez les matons, multipliez les cellules et rien ne sera résolu. Avec une politique de punition perpétuelle, il n’y aura jamais assez de places, il n’y aura jamais assez de surveillants, les prisons ne seront jamais assez nombreuses. Le nombre de détenus reste bien supérieur à ce qu’il a été, il augmente plus vite que la délinquance.

La prison, une « vengeance sociale »

Mais d’où vient-elle, cette idéologie de la punition dont tous les protagonistes sont obligés d’en reconnaître à la fois l’inefficacité et l’inhumanité ? Inefficace et promouvant la récidive en détruisant toute vie sociale du détenu.

Quand a-t-il été dit que l’enfermement résolvait les problèmes ? La prison ne fonctionne que comme une oubliette sociale. Le détenu est soustrait de la société, non pas pour changer, mais pour que sa claustration plaise au monde. Incompréhensible quand les peines sont si lourdes qu’aucune rédemption n’est attendue.

L’absence de clémence est à l’image de l’absence de résultat de l’enfermement. On sait tellement que la prison est impuissante que son seul recours est dans la durée interminable des peines et dans l’oubli social de la personne incarcérée. Encore que la punition rate généralement les vraies menaces. Il y a plus de petits pauvres en prison que de criminels ! La plupart des vagabonds connaissent la détention. Au contraire, les tortionnaires, les bourreaux et les dictateurs y sont bien rares et protégés quand les petits y subissent toutes les humiliations permanentes et purgent des peines démesurées.

Quand donc sera envisagée enfin une réforme de cette vengeance sociale ? Quand donc s’ouvrira le débat interrogeant l’origine et la prévention, et questionnant l’abrogation des lois qui construisent des délits sans victimes ? Quand donc cette honte démocratique sera-t-elle enfin l’objet d’une explication ?

Disgrâces de la France

En faisant l’économie du débat abolitionniste, les élus politiques prolongent le même gâchis social. En n’accordant aucune grâce, le président renonce à la réflexion nécessaire sur l’omnipotence de l’idéologie punitive et de la privation de liberté.

Mais c’est beaucoup plus grave que cela encore. En légitimant toujours davantage l’idéologie de la punition, de la séquestration et de la réclusion, notre monde laisse entrer toutes les forces brunes, toutes les initiatives totalitaires…

Regardez-les folâtrer avec les pensées autoritaires et justifier les obsessions carcérales. A trop caresser les fachos, la couleur de l’Etat devient moins marine que brune. Alors, forcément, dans cette course en avant des faveurs autoritaires, avec la montée des nationalistes et des réactionnaires, avec la dictature des marchés et des finances, avec le capitalisme triomphant, nous verrons bientôt s’ajouter aux lois liberticides de ces dernières années, d’autres législations encore.

Déjà la durée des gardes à vues s’est étendue à plusieurs jours dans des conditions plus que contestables. Les inculpations d’ »outrages », de refus de fichage, d’obstruction de la voie publique se multiplient contre la moindre contestation révélant une volonté de criminalisation des luttes sociales. Et pourquoi pas, à l’avenir, une nouvelle loi interdisant la protestation non violente, une législation réprimant l’indignation et la résistance passive ? Elle arrive cette loi-là qui fournira encore son lot d’opposants et de pauvres à nos prisons honteuses…

Car c’est une disgrâce démocratique qu’on risque aujourd’hui en évacuant le débat sur les grâces…

Thierry Lodé, professeur.