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« La sexualité animale » (France Inter le 07/11/12)

Thierry Lodé était invité le 07 novembre dernier dans l’émission « La tête au carré » sur France Inter.

Réécoutez l’émission : http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-la-sexualite-animale

sexualité animale © Radio France – 2012 / romain guy

« Bêtes de sexe – La Séduction dans le monde animal », l’exposition consacrée à la diversité des méthodes de séduction et de reproduction dans le monde animal et végétal se tient au Palais de la Découverte depuis le 23 octobre dernier.

 « Bêtes de sexe » expose plus de 100 spécimens d’animaux naturalisés, des photos, des films, ainsi que des courts métrages sur la sexualité animale réalisés par Isabella Rossellini.

Pourquoi la nature a-t-elle inventé la sexualité ? Pourquoi les femelles sont-elles particulièrement exigeantes dans le règne animal ? Comment les mâles s’assurent-ils de leur paternité ?

 Comment le sexe a-t-il tout changé dans l’évolution ? Comment la sexualité s’est-elle imposée comme la forme dominante de reproduction pour plus de 95% des espèces animales ?

Plaintes et soupirs amoureux, chasse et désir… L’évolution est-elle un roman d’amour ou plutôt une guerre des sexes ?

 

avec Thierry Lodé, professeur d’Écologie et d’Ethologie animale aux Universités d’Angers et de Rennes. Il est l’auteur de La Biodiversité amoureuse, le sexe et l’évolution et La Guerre des sexes chez les animaux, une histoire naturelle de la sexualité, parus aux éditions Odile Jacob.

>>> Visiter le site de Thierry Lodé

et Marie Canard, biologiste, responsable de l’unité « Sciences de la vie » d’Universcience. Elle a travaillé sur l’exposition « Bêtes de sexe – La Séduction dans le monde animal ».

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La nature n’a rien contre le mariage homosexuel.

Cessons de mentir aux enfants car, non, il n’y a rien dans la nature contre le mariage homosexuel. Depuis que s’impose l’idée du vote d’une loi parlementaire instaurant le mariage pour tous, voilà que se réveillent de vieux démons contre l’union homosexuelle. Les vieilles discriminations ont encore du mal à être refusées en dépit d’une évolution sensible des mœurs humaines.

 Après avoir vainement prétendus que l’homoparentalité se heurtait à une supposée vertu psychologique parentale, les manifestants contre l’homosexualité appellent la biologie à la rescousse, affirmant que « la parentalité serait biologiquement irréductible » et que « l’homosexualité serait contre-nature ».

 C’est bien mal connaître les choses de la nature.

Car l’homosexualité est parfaitement répandue chez nombre d’espèces animales. Et même l’élevage d’une progéniture par deux parents du même sexe constitue une banalité naturelle. Comme beaucoup d’oiseaux, les cygnes, les oies des neiges de même sexe s’apparient régulièrement pour élever ensemble une nichée. Des centaines d’exemples ont été scientifiquement attestés depuis les insectes jusqu’aux mammifères. Et des espèces se reproduisent même sans mâles. Les lézards Aspidocelis uniparens, par exemple, s’adonnent à des amours entre femelles qui déclenchent ensuite la formation de descendants à travers une reproduction sans fécondation, appelée parthénogénétique. Plusieurs milliers d’espèces connaissent des amours homosexuelles et cajolent une progéniture issue de ces passions singulières.

Le mariage reste un contrat juridique dans lequel l’état établit une reconnaissance des pratiques amoureuses et reproductives, et oblige les deux contractants. Qu’on se souvienne que le mariage est resté longtemps discriminatoire, réduisant la femme à une mineure perpétuelle et les enfants à une possession juridique. C’est pourquoi les anarchistes, par exemple, ont toujours préféré l’union libre. Le mariage a encore ses limites. Par exemple, il est étonnant que, encore aujourd’hui en France, l’institution du mariage privilégie la confusion entre géniteurs et parents.

Biologiquement en tout cas, une certaine divergence persiste entre ces deux rôles. Chez de nombreuses espèces animales, il n’y a pas d’identité entre le géniteur et le parent. C’est à dire que non seulement les animaux pratiquent l’adoption des orphelins, mais l’élevage lui-même peut être réalisé par d’autres membres de la communauté, sans que la progéniture ne soit associée à un père particulier par exemple.

Alors, s’appuyer sur l’insuffisance de la formation naturaliste de nos contemporains pour refuser le « mariage pour tous » reste un navrant symptôme de l’ignorance de l’histoire naturelle, même au pays de Lamarck et de Buffon. Cela révèle combien l’éducation populaire à la science est encore imparfaite et combien la vulgarisation des connaissances universitaires s’avère insuffisante.

Il n’est toutefois pas nouveau que les réactionnaires tentent de tirer des énoncés normatifs à partir des descriptions de la biologie. Mais, en réalité, il n’existe dans la nature aucune autre norme que la diversité des conduites sexuelles. L’évolution biologique trouve précisément son origine dans cette variété. Il y eut un temps où des biologistes ont autorisés des propos racistes, eugénistes ou ségrégationnistes. Cependant, l’évolution des connaissances biologiques a toujours contredit ces hypothèses. Et aujourd’hui, il n’est plus possible de s’appuyer sur la science ou sur la faune pour étayer de tels propos discriminatoires. Ils sont de la seule responsabilité de ceux qui les profèrent et les universités ou l’Académie des Sciences devraient clairement les condamner

En fait, au-delà du problème sociétal que pose cette question du mariage, la sexualité n’est évidemment pas réductible à la reproduction et nombre de comportements sexuels existent en dehors de la copulation hétérosexuelle proprement dite y compris chez les animaux. Les singes, les chauves-souris se masturbent, les lions se câlinent entre mâles, les macaques se caressent entre femelles. La nature ne dit rien contre la sexualité libre

Car la biodiversité est amoureuse et les espèces se perpétuent justement à travers leur désir et divergent de ne plus s’aimer

Thierry Lodé, Professeur d’écologie évolutive

Thierry Lodé lauréat du prix Fernand Méry 2011

Thierry Lodé reçoit son prix

 Samedi 10 décembre, le groupement des écrivains-médecins (GEM) et l’Académie Vétérinaire de France ont décerné le prix Fernand Méry 2011 pour l’ ouvrage « La biodiversité amoureuse, sexe et évolution » paru en avril 2011 aux éditions Odile Jacob.

La biodiversité amoureuse ; sexe et évolution

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LA BIODIVERSITE AMOUREUSE (Eds O Jacob, 2011).

Décidemment, les canards abusent. Alors que la plupart des oiseaux ne possèdent pas d’organes sexuels, l’érismature ornée est un canard qui dispose d’un phallus de plus de 40cm. Quant au nez surdimensionné du nasique ou aux rayures du tigre, il faut bien que cela serve à quelque chose !

Les façons de l’évolution se sont développées à travers un érotisme sauvage, depuis les toutes premières bulles libertines jusqu’au parfum des visons et au chant des baleines.

Or, une invraisemblable lacune parcourt la théorie évolutive : le sexe a été oublié. En fait, le Darwin actuel a été réinventé par le Néodarwinisme. Ainsi se sont affirmées et la génétique et la primauté des plus forts.

Mais savez-vous que les biologistes n’avaient pas vu un éléphant ? Et si l’évolution n’était pas la course des meilleurs ? Si les gènes n’expliquaient pas tout le périple des corps ? Si les animaux et les humains avaient partagé leurs stratégies d’amour ? En introduisant la sexualité au cœur des interactions évolutives, il est possible de dévoiler que, si le sexe ne sert à rien, c’est qu’il est le sujet d’une autre histoire.Plus même, car la leçon des siphonophores montre que l’évolution des organes s’est édifiée comme un emboîtement de poupées russes

Saisissant avec truculence la vie intime des espèces, ce livre revisite la contribution scientifique des différents protagonistes du néodarwinisme jusqu’aux travaux scientifiques les plus récents.

Alors, la biodiversité se découvre amoureuse.

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