Séduction : t’as d’belles phéromones, tu sais ?

Article de Futura Sciences.

Par Janlou Chaput, Futura-Sciences

Avant acte sexuel, il y a souvent séduction. Et si certains sens semblent plus utilisés que d’autres selon les espèces, il ne faut pas négliger l’ensemble des informations sensorielles qui émanent de l’être désiré. L’Homme, comme le papillon, se laisse par exemple envoûter par les phéromones du partenaire, comme l’explique à Futura-Sciences Thierry Lodé, grand spécialiste français de la sexualité animale.

Les espèces ne peuvent se perpétuer que si elles se reproduisent. Or, elles ne le font pas de manière hasardeuse. En 1871, Charles Darwin décrivait déjà dans son ouvrage La Filiation de l’Homme une notion nouvelle dans les sciences naturelles : la sélection sexuelle.

En approfondissant ses réflexions sur la sélection naturelle, il est le premier à avoir compris que chez les espèces sexuées, l’appariement était la conséquence de sélections, basées sur un certain nombre de critères. De la même façon que deux êtres humains se choisissent pour fonder une famille, les animaux ont eux aussi leurs propres fondements pour déterminer leur partenaire.

Ainsi, chacun met tout en œuvre pour plaire à l’autre sexe. Comment cela se passe-t-il ? Thierry Lodé, éthologue et spécialiste en écologie évolutive aux universités de Rennes 1 et d’Angers, donne à Futura-Sciences son point de vue sur la question.

Ne négliger aucun sens dans la sélection sexuelle

« Chez l’Homme comme chez les autres espèces animales sexuées, la séduction repose sur un ensemble de paramètres qui mettent en jeu tous les systèmes sensoriels. La question amoureuse est tellement importante qu’en général, on utilise tous les canaux à notre disposition », explique-t-il. Se mêlent alors des mécanismes conscients et inconscients qui vont animer l’individu.

« Il ne faut surtout pas rater une occasion lorsqu’elle se présente. La vue, l’odorat, le toucher et l’ouïe sont réquisitionnés et interviennent tous ensemble, aussi bien chez nous que chez les animaux. C’est la combinaison de tous ces facteurs qui font que l’on est séduit (ou pas) par l’autre », ajoute le chercheur.

Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir.
Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir. © Darkone, Wikipédia, cc by 2.5

Tomber amoureux par l’odeur

Si un physique, une voix et de la tendresse peuvent créer une inclination, nous n’avons pas consciemment le sentiment d’accorder beaucoup d’importance à ce que nous révèle notre nez. Pourtant, certains travaux scientifiques (parfois controversés) révèlent l’influence des émanations dans le sentiment amoureux chez l’Homme.

Par exemple, des études montrent que les femmes préfèrent les odeurs de sueur des hommes dotés d’un système immunitaire complémentaire au leur, de façon à engendrer une descendance très bien armée pour résister aux maladies. D’autres racontent que la copuline, une phéromone sécrétée par le vagin des primates (donc aussi par celui des femmes), indiquerait aux mâles la disponibilité sexuelle. Faut-il y croire ?

Des baisers pour découvrir les secrets de l’autre

« Les phéromones jouent un rôle dans la séduction chez l’Homme, tout comme la beauté, la parole, l’activité sociale, etc., reprend Thierry Lodé. On a souvent tendance à résumer l’attirance par un ou plusieurs canaux sensoriels dans le monde animal et à négliger les autres. On connaît par exemple l’importance des phéromones chez les papillons. Mais à elles seules, elles sont insuffisantes, et les autres sens interviennent avant ou après pour permettre l’accouplement. Même si leur part dans la séduction humaine est nettement moins forte, elles contribuent, à un certain niveau, au sentiment amoureux. »

Un autre exemple marquant est celui du baiser. « Hommes et animaux cherchent dans la salive de l’autre, à proximité de l’organe voméronasal [spécialisé dans la détection des phéromones, NDLR] du palais, à mieux cerner le système immunitaire du partenaire afin de déterminer la compatibilité. » Une immunité différente implique une complémentarité et une descendance plus résistante aux maladies, exactement comme avec la sueur. « D’où le refus de parenté dans le sexe, allant à l’encontre de la diversité », souligne le spécialiste.

Toutes les informations se mélangent dans notre cerveau qui analyse l’ensemble des données, et tombe parfois amoureux. « Il est impossible de résister au désir », conclut Thierry Lodé. Les corps se rapprochent : ils s’apprêtent enfin à passer à l’acte.

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