T. Lodé révèle les secrets des amours animales

Article paru dans Ouest France aujourd’hui.

Thierry Lodé, spécialiste de la sexualité animale, réfute le néodarwinisme.

Thierry Lodé, spécialiste de la sexualité animale, réfute le néodarwinisme.
Ils font l’Anjou. Récemment primé pour « La biodiversité amoureuse », le biologiste Thierry Lodé, professeur en écologie évolutive, démystifie le sexe chez les animaux.
PortraitInstallé au coin du feu ou devant un parterre d’étudiants, Thiery Lodé en conte de belles. Des histoires de bagatelle. Des hyènes sadomasochistes, des crapauds séducteurs, des tritons éjaculateurs précoces ou le lesbianisme chez les macaques. « La seule norme, c’est la variété des conduites sexuelles. Des plus sages aux plus libertines. »

Favoris blancs, air débonnaire, Thierry Lodé fait vaciller la théorie du néo-darwinisme. Les mécanismes adaptatifs de l’évolution et la génétique sont passés à côté d’une question essentielle : à quoi sert le sexe ? « À créer de la diversité », répond le chercheur en écologie évolutive qui dispense ses cours dans les universités d’Angers et de Rennes. « Sans le désir, l’évolution n’aurait pas pris des formes aussi diversifiées. »

Le désir

« La biodiversité est forcément amoureuse », poursuit le scientifique. « Le désir existe chez des animaux primitifs, puisqu’ils produisaient des phéromones. » Et c’est l’attirance pour l’autre qui est déterminante dans le processus de spéciation (1). « C’est quand les bonobos ont décidé qu’ils n’étaient plus attirés par leurs voisins chimpanzés, que les espèces se sont distinguées. […] Cela signifie que la différence que l’on construit n’est pas figée. » Néanderthaliens et sapiens étaient sexuellement compatibles. « Le désir fait l’évolution. Fondamentalement, ce sont les choix amoureux qui gouvernent l’évolution, pas uniquement les gènes. »

Guerre des sexes

Son précédent ouvrage, La guerre des sexes chez les animaux, atteste que la reproduction est une grande histoire de conflit et de réconciliation. « Le mâle a intérêt à multiplier les partenaires pour s’assurer une descendance. Tandis que la femelle ne peut pas augmenter sa progéniture en accroissant le nombre de partenaires », résume le biologiste. Ce rapport asymétrique entre les genres a engendré des comportements différents. Un canard mâle (l’érismature ornée) traumatise la femelle avec son phallus de 40 cm pour la dissuader de copuler avec un autre. Une mante religieuse décapite parfois son amant après l’acte sexuel. Alors que des espèces sont devenues asexuées pour mettre fin au contentieux à l’instar de certaines femelles lézards qui donnent la vie toutes seules selon le procédé de la parthénogenèse. Les choix amoureux gouvernent l’évolution.

Comment plaire ?

À chaque espèce ses arguments. En dépit de leur petite taille (30 centimètres), les caméléons de Jackson fanfaronnent avec leurs trois cornes sur la tête. « Invraisemblable, commente Thierry Lodé. C’est du bluff. On se demande bien ce qu’il pourrait charger. » « Et la queue du paon, n’était-elle pas ridicule ? Là encore, cela crée du désir. » Une dimension irrationnelle qui n’épargne pas le genre humain. « Sans quoi nous serions peut-être plus attirés par des personnes savantes que par des chanteuses ou des footballeurs », plaisante le professeur.

Antonin GALLEAU.

(1) Formation de caractères spécifiques au sein d’une espèce différentiant les individus possédant des caractères ; ils forment alors une espèce distincte.

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