La biodiversité amoureuse ; sexe et évolution

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LA BIODIVERSITE AMOUREUSE (Eds O Jacob, 2011).

Décidemment, les canards abusent. Alors que la plupart des oiseaux ne possèdent pas d’organes sexuels, l’érismature ornée est un canard qui dispose d’un phallus de plus de 40cm. Quant au nez surdimensionné du nasique ou aux rayures du tigre, il faut bien que cela serve à quelque chose !

Les façons de l’évolution se sont développées à travers un érotisme sauvage, depuis les toutes premières bulles libertines jusqu’au parfum des visons et au chant des baleines.

Or, une invraisemblable lacune parcourt la théorie évolutive : le sexe a été oublié. En fait, le Darwin actuel a été réinventé par le Néodarwinisme. Ainsi se sont affirmées et la génétique et la primauté des plus forts.

Mais savez-vous que les biologistes n’avaient pas vu un éléphant ? Et si l’évolution n’était pas la course des meilleurs ? Si les gènes n’expliquaient pas tout le périple des corps ? Si les animaux et les humains avaient partagé leurs stratégies d’amour ? En introduisant la sexualité au cœur des interactions évolutives, il est possible de dévoiler que, si le sexe ne sert à rien, c’est qu’il est le sujet d’une autre histoire.Plus même, car la leçon des siphonophores montre que l’évolution des organes s’est édifiée comme un emboîtement de poupées russes

Saisissant avec truculence la vie intime des espèces, ce livre revisite la contribution scientifique des différents protagonistes du néodarwinisme jusqu’aux travaux scientifiques les plus récents.

Alors, la biodiversité se découvre amoureuse.

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Liberté, égalité, sexualités : pour les personnes handicapées

Avec Sexe, amour & handicap, le cinéaste Jean-Michel Carré a réalisé un nouveau film poil à gratter. Un documentaire d’une grande humanité qui sera diffusé sur France 2 le jeudi 24 février, à 22 h 45.

Jean-Michel Carré et les films Grain de sable réalisent des films qu’on prend en pleine tête, en plein cœur aussi. Qu’il s’agisse de parler de l’enfance, des femmes, de prostitution, des prisons, d’alternatives à la psychiatrie, de toxicomanie, de syndicalisme ou de politique internationale, les documentaires de Jean-Michel Carré ne font pas dans le consensus mou.

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Robin des banques ou cocu du capital ?

C’est commode. Comme le purin annonce l’élevage de cochons, la banque représente le guichet le plus visible du système. Et le salariat est la condition d’existence des exploités comme l’herbe est la condition d’existence des vaches. Sans notre salaire, nous survivons à peine. Faut-il alors lui préférer la petite entreprise ?

Depuis les tentatives du 19ème siècle pour « vivre ensemble autrement », les communautés et autres phalanstères se sont essayés à la production directe de leurs conditions d’existence. Pourtant, face à ce « déchaînement de forces critiques » apparent, l’exploitation capitaliste a tenu bon. Flûte, alors ! Peut-être que la production vivrière réduit un peu de l’exploitation, mais cela n’est ni un en-dehors du système, ni une révolution du monde marchand.

J’ai bien écouté. Enrique Duran-Giralt affirme « nous pouvons vivre sans le capitalisme » mais cette galéjade ne se résume qu’à un programme de décroissance. Bien sûr, l’action individuelle d’insoumission à la banque paraît retrouver les projets activistes des Jules Bonnot et autres anarchistes. C’est ce que le mensuel CQFD a encensé en parlant de « robin des banques ». Assez des amnésiques ! L’illégalisme, lui, ne s’est jamais proposé à la reconstruction d’un système d’échange, nommé pour la bonne cause, alternatif ou social. Bien au contraire, les emprunts effectués par Duran l’entraînent désormais à rester pauvre pour ne plus être solvable, c’est-à-dire pour ne pas rembourser la dette contractée.

Toutefois, le projet de Duran a peut-être quelques mérites. Dans un premier temps, il a utilisé une stratégie d’expropriation bien connue des anarchistes, même si elle ne mettra jamais à nu le capitalisme en soi. Cette manière permet de se doter des moyens pour prendre la parole. En s’associant par groupes d’affinité, les personnes peuvent développer leur colère et même s’aventurer à de nouvelles résistances.

Mais, la stratégie de Duran est incroyablement modeste au mieux, caricaturale au pire. Il ne parle plus que d’argent et de petit commerce. On se fourvoie ici. Son objectif réel est seulement de prétendre diminuer sa dépendance au capitalisme. Réduire sa dépendance n’est pas résister, c’est admettre la misère et le mercantilisme. Cette illusion de la décroissance n’a, au bout du compte, qu’une visée anti-productiviste. Elle brigue alors maladroitement de refaire un nouveau monde marchand, avec la défense du petit commerce et la morale de la pauvreté volontaire en mire.

C’est ballot. Le monde marchand ne va pas s’écrouler parce que des pauvres vont s’échanger des services et de la monnaie. Sinon il suffirait de vivre dans la misère d’une économie vivrière pour voir s’effondrer le système. Il suffirait de refuser les miettes, de vivre sans aucun des minuscules acquis sociaux, congés, sécu, retraite, rsa obtenus lutte après lutte. Le capitalisme aussi tolère ses solidarités. Mais la marchandise a besoin de garder des pauvres, même petits entrepreneurs vivriers. Se prétendre en dehors de l’économie marchande, c’est donner le faux espoir d’une préexcellence des membres d’une communauté par rapport à des exploités qui seraient, eux, davantage soumis et malvoyants. C’est une idée aveugle, une idée de cocu.

Car enfin, le capitalisme n’est pas une somme d’argent qui stagne et il est capable d’absorber des déficits autrement plus importants que la perte de quelques millions. Le capitalisme est précisément l’art de la dette. Rappelez-vous. Il y en eut pour commander de retirer le petit pécule de son compte, mais il faut être bien naïf pour penser qu’un découvert bancaire intimide le monde marchand. Faire croire qu’organiser des coopératives ou des opérations mutualistes peut nous sortir de l’économie marchande est une aberration qui n’empêche évidemment rien du rapport d’exploitation des autres. Pire, c’est annoncer péremptoirement que ceux qui n’admettraient pas la prétendue « économie solidaire» seraient eux-mêmes responsables de la continuité des saloperies du vieux monde, que les pauvres seraient des collaborateurs du monde marchand. Cette incroyable arrogance est, au mieux une illusion de bobos malvoyants, au pire un vandalisme des idées libertaires…

Non, le capitalisme n’est pas un système mal organisé qu’il suffirait d’aménager, c’est fondamentalement un rapport social d’exploitation. Il faut le redire. Il n’y a évidemment pas d’en dehors au rapport marchand. L’argent, l’économie, la monnaie « sociale » ou autre pitrerie parle toujours d’économiser nos vies. L’économie n’est que le langage de la marchandise.

Cornegidouille ! Non, il ne s’agit pas d’économiser la misère de l’exploitation, mais de changer le monde. À bas la marchandise, à bas le salariat, à bas notre condition d’existence d’exploité.

Thierry Lodé

La marche des canards. Ou derrière l’état, la leçon des chars d’assaut…

La tyrannie des fascismes parait parfois loin derrière nous. Avec les horreurs du nazisme, l’autoritarisme a obtenu sa pire gravure. Mais qu’est-ce que l’extrême-droite et le totalitarisme ? Il est, de fait, difficile de caractériser cet appétit de dictature pourri d’idéologies criminelles. La volonté d’imposer un ordre bien à soi construit aussi bien l’état nationaliste que les particularités monarchistes ou théocratiques. Mais il est des leçons que l’on peut aussi tirer des démocraties actuelles.

Par exemple, il y eut un débat pour rendre compte des politiques liberticides des gouvernements Sarkozy et autres implications identitaires. Était-ce du fascisme que de détruire les campements de roms, de réexpédier les immigrants dans des pays en guerre, d’emprisonner ceux de Tarnac, d’établir des lois contre les manifestants masqués, de renvoyer un enfant polyhandicapé entre autres exemples ? Nombre de journaux bien-pensants ont répété que le fascisme était autre chose, de l’ordre de l’idéologie nationaliste plus que de la construction législative, ou encore que l’inspiration de Sarkozy ne venait pas d’une filiation avec Pétain, principalement parce que les intentions pragmatiques de notre gouvernement le dédouanait de risquer un tel dérapage. Non, ces politiques étaient décidées par des « voyous », certes, et votées par des nostalgiques de la droite dure, mais pas par des fascistes. La liberté serait confisquée au nom de la démocratie parce que l’objet en était  notre protection.

Outre que c’est oublier un peu vite que le fascisme eut précisément ces méthodes de voyous et ses pseudo-intentions rédemptrices, il me semble que c’est aussi tenter de distinguer les « bons » liberticides des « mauvais ». Mais quand on a des ailes de canard, des pieds de canard et qu’on marche comme un canard, peut-on échapper à cette nomination de canard ?

Le gouvernement brésilien vient, en tout cas, de nous apporter quelques informations en direct des canards. Démocratiquement élu à peine, l’état de gauche décide immédiatement l’envoi de 18000 hommes des forces armées et de six chars de combat pour réinvestir un lieu des plus mal famés, les favelas, ces bidonvilles où s’entassent des milliers de pauvres. Rétablir l’ordre « républicain », châtier toute infraction à l’ordre public, cela vous dit quelque chose ?

Pour user de l’armée contre les pauvres, le discours a été simple. Car la marche des canards est une danse à trois temps. Premièrement, on désigne une catégorie particulière de gens que l’on joue contre les autres. « L’ennemi intérieur » a ainsi toujours fait recette. Pensez-donc, l’ennemi, une catégorie extérieure par excellence devient ainsi un mouton noir contre les autres, mais situé à l’intérieur de la « nation ». C’est aussi la méthode du bouc émissaire. Les métèques, les terroristes, les homosexuels, les juifs, les noirs, les arabes, les roms, les anarchistes, tous ceux-là ont aussi eut leur heure. Le lieu peut tout autant servir depuis les quartiers jusqu’aux favelas. Au brésil, la désignation concerne les « narcotrafiquants ». Quel joli vocable pour parler de cette hypocrisie ordinaire qui fait que les pauvres inventent une autre économie pour survivre. Que cette économie de la misère soit ensuite investie par des mafias et marchands en tout genre n’empêche rien du fait que c’est d’abord parce que les ressources sont confisquées que les pauvres s’organisent autrement. Cette duplicité est un autre débat, mais qui revient toujours à cette même appellation d’ennemi intérieur. Au fait, comment reconnait-on un narcotrafiquant sans son étoile rose ? C’est simple, il est dans le viseur.

Deuxième temps, une fois le groupe ennemi étiqueté, il faut veiller à trouver des textes législatifs ambigus offrant  le droit à la police de poursuivre cette illégalité. Si ces textes n’existent pas, ils sont rapidement votés en termes très généraux, mais prétendument applicables à des cas très précis sur le moment, comme ce fut le cas de la loi contre les « manifestants masqués ». La loi punit les actions désignées, puis les associés de ces actions ou « associations de malfaiteurs », et depuis peu, par extension, et notamment en utilisant le fanatisme islamique, on fustige aussi l’intention de ces actions, sous le terme « en rapport avec une entreprise criminelle ou terroriste ». On voit alors des polices militaires s’installer, armes à la main, dans les gares et les jardins publics. Remarquons aussi que les patrons voyous et autres malfaiteurs du peuple sont consciencieusement ignorés dans ces actes légaux et encore davantage dans la punition.

Troisième temps de la marche des canards, l’application de la répression au prétexte de la loi. Soudain, les forces de l’ordre entrent en scène, bruyamment devant les caméras. L’arsenal législatif présente cependant un inconvénient, il ne dit rien de la sortie des chars d’assaut. Car quand la police ne se montre plus assez efficace pour réprimer le peuple, on sort immédiatement l’armée et ses groupes spéciaux de combat, toujours au nom de la loi. Ces assauts révèlent toujours l’inouïe brutalité des forces engagées, frappant sans état d’âme d’estoc et de taille. Dès lors, la peine de mort immédiate peut être banalisée comme cela se fait aujourd’hui, devant nous, dans les favelas. La mort est toujours du côté du plus fort. Notons, au passage, que c’est soi-disant pour éviter les décès accidentels dus à l’absorption de mauvaises drogues, que la police et l’armée brésilienne sont présumées intervenir en ce moment. Bien entendu, ces atrocités constituent une manne pour les journaux qui relaient sans nuances le discours d’état. Mais il n’en reste pas moins que la prétendue légalité est largement bafouée par ceux qui prétendent l’appliquer. Ici, pas d’arrestation dans les règles, le droit est seulement du côté des armes. Alors, pour réinvestir la bourse contre les patrons voyous, envoyons aussi l’armée…

Une leçon peut cependant être apprise ici. C’est que derrière l’état, de la Tchécoslovaquie à la Chine, en passant par mai 68 ou le Brésil d’aujourd’hui, les chars d’assaut ne sont jamais loin pour peu qu’on sache comment en présenter aimablement l’intervention armée. La force brutale impose l’ordre. Peut-on imaginer cela en France ? Non ? Et pourtant les « cités », les « quartiers » n’ont-ils pas déjà fait l’objet d’une loi d’exception, « l’état d’urgence » a été décrété en 2005 contre des enfants des banlieues. Et que dit la loi sur l’état d’urgence ? A combien de morts a-t-elle légalement le droit ? Mesrine aussi a été abattu sans procès.

De fait, la démocratie ne parait bien qu’une des situations possibles de la force de l’état, qui, dès qu’il s’avère un peu bousculé, sait parfaitement ignorer les conditions d’applications de la démocratie elle-même. Démocratie et dictature paraissent deux dispositions provisoires, apparemment à l’extrême l’une de l’autre, mais parfaitement complémentaires et interchangeables selon les évènements. D’ailleurs, plus la droite devient décomplexée, plus Marine se fait présentable, et qui sait, bientôt on les verra ensemble…

Faut-il attendre le troisième temps ? Une république ne peut pas exister à l’ombre de lois d’exception. Le premier temps de la marche des canards, l’établissement de lois scélérates, injustes, illégitimes, liberticides montrent que le totalitarisme n’est jamais loin pour s’en prendre dictatorialement à ceux qui sont désignés. L’acceptation docile de ces légalités douteuses doit être combattue, refusée. La résistance commence là.

Alors, risquons-nous la dictature parce que nombre de lois liberticides ont été adoptées ? Pas encore, mais c’est selon les besoins car nous y sommes un peu quand même. Car quand on a des plumes de canard, des ailes de canard et des pattes de canard…

No Passaran…

Thierry Lodé

Enfants libres, il faut jeter vos albums d’animaux habillés

En cette période bientôt festive, qui peut échapper au désir de remplir la hotte de présents ? La lecture ne faisant plus recette chez nos contemporains, les plus jeunes enfants se voient offrir maintenant des livres, comme si ce tardif effort rachetait les misères de l’insuffisance de leurs ainés. La prolifération d’animaux dans la littérature enfantine ferait presqu’oublier qu’il existe des espèces en danger d’extinction sur cette planète.

C’est ici que le bât blesse. Car à se pencher sur l’économie littéraire réservée à nos enfants, il y a lieu de s’interroger sur ce qu’on leur inculque. Prenez ces ouvrages apparemment désinvoltes et innocents où une taupe habillée d’un tablier côtoie un lièvre vêtu d’un pardessus. D’autres exemples iraient tout aussi bien au fond des choses tant les livres d’animaux habillés font recette. Voilà des albums qui semblent avoir traversé les décennies sans avoir rien changé de leur message réactionnaire.

Dans ces œuvres colorées, le père, qu’il soit lapin ou girafe, ne raconte la vie aux enfants que lors de ses activités de pêche ou de bricolage. Dans le trône de son fauteuil patriarcal, notre père animal lit, mais seulement le journal, innommable symbole de la fatigue répété du travailleur solitaire. La télé restant toujours éteinte (on ne sait si le réparateur s’est absenté), le père ne prend de loisirs qu’à des activités récréatives. Chaussé d’éternelles lunettes d’intellectuel et portant généreusement la cravate, ce père fantaisiste et si aimable ne connaît du travail que celui des responsabilités. Jamais n’apparaît aucune tension, l’exploitation capitaliste reste dissimulée, chose certes honteuse, mais dont l’enfant n’a rien à connaître dans le livre en tout cas. C’est autre chose ailleurs. Dans la vie quotidienne, la misère peut régner, l’univers du bouquin enfantin n’en livre jamais rien. Bien sur, s’il est castor, l’animal habillé portera une salopette digne d’un travailleur plus manuel…

Quant à la mère castor, qui, dans tes tenues dignes des années 50, prépare encore un repas, son horreur ordinaire apparaît dans le tablier nécessaire dont on affuble la pauvre bête. Sans doute parce que la démesure sexiste ne semble pas suffisante, cette mère poursuivra ses corvées ménagères en souriant à l’enfant-bête qu’elle a enfanté dans le plus grand secret du livre. Le cabas et le fichu rose ou gris marquent désespérément les attributs du sexe. Ces familles animales biparentales et caricaturales dans un sursaut de modernisme ne possèdent que deux enfants.

Plus la famille animale est habillée, plus la lecture confine à l’obscène. L’animal habillé répète l’absurdité d’un sexisme ordinaire récompensé par un capitalisme triomphant. Qu’importe les intentions virtuelles des dessinateurs et des scénaristes. L’idéologie la plus réactionnaire y côtoie la brutalité antisexuelle la pire. L’habit camoufle le sexe pour afficher le patriarcat et le capitalisme. Loin d’être drôles, ces figures pitoyables délivrent non seulement un propos machiste, mais parfois même discriminant. Les albums d’animaux habillés n’hésitent guère, non plus, à travers l’histoire de la petite graine, à mentir aux enfants en agrégeant de manière indélébile sexualité et reproduction. Bien entendu, nos anges blonds n’ont pas de sexualité, ni rien à connaître et celle qu’on leur révèle reste enfouie dans un obscur règne de la reproduction. Ici n’existent pas d’homosexuels ou des familles recomposées, mais seulement des rôles phallocratiques et des ainés retraités. Qu’on ne se méprenne pas, le monde décrit aux enfants est un autre monde, redoutable et obscène, de ceux qui enferment la diversité des humains dans des préjugés éculés et scandaleux.

Mais qui s’intéresse encore à nos enfants, cerveaux manipulables dont on fera des salariés aussi polis que père castor ?

Décidément, il ne faut pas habiller les animaux. Et le pire encore, c’est que des animaux méconnus servent ainsi cet objet d’idéologie réactionnaire. Pauvres bêtes qui pourraient au contraire raconter ce qu’est la réalité biologique de la vie sauvage sur cette planète inouïe…

Thierry Lodé

Professeur d’Écologie Évolutive

Amours animales

Mon nouveau livre …

Amours animales
, éditions Mango-Fleurus, sorti le 11 Juin 2010.

Dès qu’il s’agit de plaire ou de se reproduire, les animaux font preuve de beaucoup d’imagination !

Parades nuptiales, changements d’apparence, stratégies de séduction, bagarres entre mâles, scènes de ménage, amours singulières, fidélité ou tromperies, folles passions… Avec cet ouvrage, la vie intime de nos amis à poils, à plumes ou à écailles n’a plus de secrets !

Bonne lecture !

Sous le voile de l’état policier…

Il s’en cache des choses dans la tête des politiques ! Même sans voiles… Savez-vous, qu’au nom de la liberté des femmes, on s’apprête à interdire, sur la voie « publique » le port du casque de moto, du foulard hivernal, du déguisement de carnaval, du masque chirurgical ou de toute autre voilette qui troublerait votre identification par les gens d’armes et leurs caméras. Comme toujours, dans la tête de ceux qui font profession d’être des élus politiques, il s’agit d’abord d’un renfort de l’état policier.

La fameuse loi dite de « l’interdiction de la burqa » ne fait guère dans le détail. Elle comporterait en effet deux articles majeurs, le premier interdisant toute dissimulation du visage et le second sanctionnant toute personne incitant à cacher son visage. Rien qu’en protestant ici contre cette loi qui se maquille, ne serais-je pas déjà punissable en tant que j’inciterais à refuser d’être identifiable, que je pousserais à la dissimulation ?

Loin d’un enjeu prétendument laïque, la loi devient clairement un appui à la répression policière. Cornegidouille ! S’il s’agissait de libérer les femmes de la domination coercitive des adeptes imbéciles de pénis supérieur, que ne se limite-t-on pas à corriger ces mâles tourmentés par la féminité visible ? S’il s’agissait de réduire l’emprise hystérique des superstitions religieuses, que ne libère-t-on pas l’espace public des calvaires, minarets, kipas et autres soutanes ? S’il s’agissait enfin d’aspirer à la société des bisounours et du « mieux vivre ensemble », que ne rend-on pas publics les milles secrets des horreurs archivées ? Que n’ouvre-t-on l’espace aux handicapés obligés de se frayer un chemin à travers mille obstacles marchands ? Enlevons du moins les monstrueuses cagoules des GIGN et autres maréchaussées affectées à notre surveillance.

Et si je voulais, moi, me masquer ? Si je refusais d’être identifié jour et nuit dans mes activités quotidiennes qui ne regardent que moi ? En quoi cette liberté trouble-t-elle celle d’autrui ? Voilà, ceux qui nous dominent savent bien pousser le curseur de la démocratie apparente vers la dictature des lois « d’exceptions » dès que le peuple dérange leurs affaires. Les vérifications d’identité s’avèrent déjà une brimade scandaleuse qui révolte tous les défenseurs des droits humains et voilà que le contrôle s’aggrave encore.

Bien sûr, la législation contre ce voile ignoble qui prétend grillager de soi-disant immaculées donzelles face à la concupiscence, a ouvert la porte à d’autres zélateurs. Nous voilà de plus en plus visiblement dans une société qui est en train de nous enfermer, sous l’allégation de lutter contre la mascarade des intégristes, dans un état définitivement policier. Ne nous trompons pas de croisière, la loi sur le voile reste bien un prétexte de droite…

Les multiples pores de respiration de la liberté des individus sont peu à peu étranglés et déformés. Contrôlés, espionnés, surveillés, fliqués chaque jour davantage. Comment pourrait-on accepter cette intrusion continuelle dans nos vies ? Autour de nous s’organise toujours l’autoritarisme et la France reste une des sociétés les plus répressives. En quelques années, la répression policière est devenue l’une des pires d’Europe contre toutes les marginalités. Demandez aux déportés de l’économie, immigrants, enfants pauvres ou minorités sexuelles, la France n’a déjà plus rien d’une société d’hospitalité, d’égalité ou de fraternité et on se résigne à voir bien des droits humains fondamentaux quitter jusqu’à nos souvenirs. La société de surveillance et l’omniprésence biométrique s’est construite derrière la fatigue de nos rebellions.

Sous le voile, c’est encore la liberté qu’on attaque…il y a eu d’autres soutanes et d’autres bonnes sœurs dans nos contrées et c’est finalement la liberté des mœurs qui a eu raison d’eux…rien d’autre que l’aspiration à la liberté.

Car, n’en doutez pas, la volonté de liberté des peuples est une force qui chemine….

Thierry Lodé
Professeur d’écologie évolutive

Article de Paris Normandie du 22/04/2010

La guerre des sexes

Thierry Lodé étudie les comportements sexuels des animaux

SOIREE ETUDIANTE. Une conférence, dans le cadre des Singeries du jeudi, est organisée par le muséum de Rouen.

Dans le cadre de sa programmation annuelle, le muséum a décidé de diversifier son public et de casser son image de lieu sérieux pour interpeller les 18-30 ans, en consacrant notamment quatre soirées spéciales aux étudiants rouennais. La dernière, aujourd’hui, à 20h33, au muséum de Rouen, 198 rue Beauvoisine. Il s’agit d’une conférence assez étonnante, donnée par Thierry Lodé, chercheur spécialisé dans la sexualité animale au CNRS, organisme public de recherche, et professeur universitaire d’écologie évolutive à Rennes et à Angers.

Pourquoi êtes-vous devenu spécialiste de la sexualité animale?
Thierry Lodé: «J’ai commencé tout d’abord à faire de la génétique. Puis, certains comportements animals m’ont interpellé. Les animaux ne réagissaient pas comme on nous l’avait enseigné. Par exemple, il se trouve que le met préféré d’un putois sont les grenouilles. Elles sont normalement polygames. Attaquées, elles deviennent monogames.
Etrange.»

En quoi consiste votre intervention d’aujourd’hui?
«Je vais présenter sous forme d’un diaporama la problématique de mon dernier livre: pourquoi il existe un conflit des sexes? La sexualité a toujours été une particularité de l’évolution biologique. Comme vous le savez déjà, il existe deux sexes qui, souhaitant chacun s’affirmer, sont constamment en conflit. Je ne m’oppose pas obligatoirement au néodarwinisme mais contrairement à lui, j’affirme qu’il existe un conflit qui se corrige de lui-même, grâce aux compromis, que chaque espèce trouve dans sa propre histoire, au lieu de créer de la concurrence.»

Quel message souhaitez-vous faire passer aux étudiants?
«La biodiversité amoureuse est une autre logique décisive de l’évolution qui a introduit le conflit. Mais ce même conflit a produit variation et variété. J’espère susciter le débat et les vocations, qui sait.»

Nadege Hauduc

Article paru le : 22 avril 2010

Voir l’article sur le site web de Paris Normandie

Labo de recherches

Changement d’adresse du site du laboratoire de recherches, l’ancien site hébergé par l’université d’Angers ayant été supprimé unilatéralement.

Il y aurait lieu de s’interroger sur la pérennité des ressources internet, car si personne ne pense à reconduire des autodafés sur les livres, personne ne semble semble s’interroger sur la perte de documents qui ont été historiquement ouverts sur internet. Ainsi, se trouve à disparaitre des pages web à chaque décision de renouvellement de site sans que des archives, même pertinentes, puissent être conservées.

Retrouvez mes travaux de recherches et mes publications téléchargeables sur le site : http://www.ecologieevolutive.fr.gd/

Anarchiste maintenant

–> (Juste un billet d’humeur)

Quelqu’un qui méprise la police ne peut pas être un mauvais homme. Qu’y-a-t-il de plus abject que de faire un métier qui use de la force, du matraquage, de l’emprisonnement, voire du meurtre « accidentel », le plus souvent sur des personnes démunies, pauvres, et même sur des enfants ? En constatant que, de plus, ces gens-là se bardent d’un attirail répressif outrancier et agissent dans la violence la plus effrénée, on ne saurait oublier la vilénie de l’idéologie punitive, discriminante, et parfois xénophobe qui est distillée dans ces arrière-cours. Ne faut-il pas s’avérer bien paranoïaque pour consacrer sa vie à surveiller les autres et bien vicieux pour vouloir punir ? Rien que l’ignoble et systématique « garde à vue » exerce, à elle seule, un démenti cinglant à la déclaration des droits de l’homme. Comment s’étonner que ces adeptes des « marches au pas » soient la cible des rebellions immédiates puisqu’ils s’adonnent à édifier le mur de protection du système. Et que dire de ces flics silencieux qui fichent et contrôlent les habitants d’ici comme des ennemis intérieurs. A quand le courage minimum d’en finir avec ces polices secrètes et d’état ?

Il y a plus méprisable cependant. Il y a ceux-là même qui font profession d’exercer le pouvoir. Cette oligarchie qui fait son métier d’être des élus. Ces élus professionnels ne sont en rien respectables. Ils ne sont en rien le peuple, ni même les représentants qu’ils se déclarent être. La démocratie, là, n’existe que le bref instant où le citoyen croit encore détenir son bulletin de vote, ce bout de papier dérisoire qui hésite un choix entre charybde ou scylla. De démocratie, elle n’a que la fonction élective provisoirement accordée, sinon, elle n’est qu’une oligarchie au service des exploiteurs, et aujourd’hui, une quasi-monarchie grotesque. Une monarchie sans royauté héréditaire (c’est sa seule limite à un absolutisme des oukases), mais une mono-archie emplie de ces roitelets impudents qui décrètent plus de répression, jugent qui peut passer les frontières ou décident à notre place de la vie future.

Il faudra un jour qu’ils rendent des comptes, ces professionnels de l’élection, ces prétendus chefs de quelque chose comme s’il suffisait de se targuer d’un pouvoir qui n’est pas à eux. Il faudra qu’ils expliquent la prétention de leurs actes et l’infamie de leurs décrets. Qu’il prenne garde que le peuple ne leur demande de quel droit ils ont ainsi disposé de nos vies. Oui, ils vivent de nos abdications, mais ils exploitent surtout nos épuisements. Les voilà qui fomentent des expulsions, des frontières, des contrôles. De temps à autres, bien sûr, le système crapuleux que certains ont mis en place devient visible lors d’un procès ou d’une « affaire », mais ces déboires masquent mal que l’oligarchie se nourrit des autres…Et quand bien même, ces élus professionnels construiraient une aimable politique, leur seule prétention de détenir nos vies, de décider à notre place reste une immondice. La seule démocratie est directe, et ne connait que des délégués révocables à tout moment.

Et puis, il y a ces accapareurs. Ceux-là qui prennent sur les autres, ceux-là qui font faire leur sale besogne, parce qu’ils prétendent s’approprier pour eux seuls un morceau de la planète terre. Ni le monde ni l’humanité ne sont à vendre. J’ai lu, bizarrement dans le Monde Libertaire, les errements « politiques » de certains appelant à associer les mots capitalisme et libertaire. Ceux-là se gardent bien d’user du mot d’anarchiste. Il leur faut une idée simple et le terme libertaire a toutes les connotations plaisantes à leurs yeux. En utilisant la crainte que les communistes révolutionnaires eux-mêmes ont de l’individu, en citant Proudhon, Bakounine, on peut réduire l’anarchie à l’absence de pouvoir, mais surement pas au désordre. Au désordre de quel ordre, d’ailleurs. L’anarchie est l’absence de pouvoir et c’est cette idée simple non-autoritaire, mais extraordinaire qui vaut contre tous les oppressions.

Il y a au moins un malentendu, sinon une imposture. Le capitalisme n’existe pas en soi, seule existe l’exploitation capitaliste. Pas de bourgeois sans exploités. Le jour où un type s’est enrichi en se déclarant propriétaire, il l’a fait sur le dos des autres. Le monde marchand vendrait sa propre mère et demande à chacun de s’y consacrer. Rien de plus ignoble que le processus d’héritage qui décide de l’inégalité des êtres humains. Le capitalisme est à vomir parce qu’il n’est qu’une exploitation à l’échelle planétaire. C’est ce que l’idéologie du « développement durable » prétend prolonger encore en dépit du désastre. Ces gens-là font de l’argent le fondement des relations, et de l’exploitation la seule qualité de la richesse. Ils prononcent les mots emploi, recherche et développement et ces termes ont dans leur bouche toute l’amertume des années d’oppression. L’humanité au contraire se pratique gratuitement. Même une recherche scientifique ne se brevète pas, elle se publie librement.

Chacune de nos résistances constitue une incroyable performance. Chacune de nos rebellions génère un immense espoir. Du moins, il y a ceux qui refusent de devenir ces auxiliaires de police qu’on nous demande de plus en plus d’incarner, à l’école, au lycée, à l’université, au supermarché, dans la rue même. Il y a ceux qui se battent, sabotent l’organisation policière du monde, offrent des refuges aux exclus de la vie de quelques horizons qu’ils soient. Ce monde ne tournera pas rond si facilement. Il existe une colère qui réintroduit la liberté dans les révoltes, une perspective libertaire contre le capitalisme, une alternative anarchiste contre le monde marchand…

Décidemment, oui, je me sens anarchiste, aujourd’hui et maintenant.

Thierry Lodé
Professeur d’Écologie Évolutive