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Sarkozy et Hollande refusent la grâce présidentielle : une disgrâce pour la France

Article publié sur le site internet du Nouvel Observateur.

LE PLUS. A son arrivée à la tête de l’Etat, Nicolas Sarkozy avait rompu avec la tradition de grâces collectives et d’amnisties. Pour Thierry Lodé, biologiste et professeur d’écologie évolutive, la politique carcérale et les prisons sont une telle honte en France que les grâces mériteraient d’être rétablies.

Ils l’ont dit à deux. Les deux candidats à la présidence l’ont annoncé discrètement, mais unanimement : il n’y aura pas de grâce présidentielle pour les condamné-e-s, personne ne sera libéré en 2012. Les prisons resteront remplies de tous les petits délits.

 

Nouvelle prison d'Annoeullin d'une capacité de 688 prisonniers, Lille,le 21 juin 2011 (B.CHIBANE/SIPA)

Nouvelle prison d’Annoeullin d’une capacité de 688 prisonniers, Lille,le 21 juin 2011 (B.CHIBANE/SIPA)

La grâce présidentielle n’est pas une simple mansuétude

Il faut reconnaître que l’action de grâce du président a quelque chose du “droit divin”, comme un privilège autocrate d’un autre temps, un décret charitable, le seigneur hautain mais magnanime qui gracie la plèbe coupable dans la fange. La grâce n’empêche rien de la déchéance du condamné, elle surpasse la justice en octroyant une concession à la dureté des peines : le président possède la prérogative de pardonner. Comme au monarque, l’indulgence présidentielle dépasse le tribunal et impose sa miséricorde.

Et pourtant, combien est attendu ce geste humanitaire dans les geôles républicaines, quand chacun s’accroche là au plus petit espoir de revenir à la vie sociale.

Mais, quand bien même l’existence démocratique de la grâce présidentielle est discutable, son application fait bien plus que cela. Elle n’est pas une simple mansuétude bien qu’elle ne s’adresse en général qu’à des petits délits et amendes de police. La clémence présidentielle donne un autre signal, elle annonce le besoin de réformer la répression, de changer les choses, de travailler à comprendre le fait carcéral. Bien sur, la grâce n’est qu’une microscopique remise en cause de la sévérité de la justice, mais elle en dénonce la rigueur, elle introduit un rien de débat dans un lieu qui n’en a pas.

Nos prisons sont une honte

Car, il faut le redire, la justice actuelle s’appuie toujours sur l’immense gâchis carcéral. Et la prison est encore plus qu’un échec, elle est une honte. En se privant du droit de grâce, le futur président pense-t-il encore l’ignorer ? Oublier que les peines ont tellement augmenté qu’elles ont passé le seuil du déraisonnable ?

La honte carcérale ne tient pas dans l’état délabré des cellules vétustes ni dans l’insupportable surpopulation des personnes incarcérées. Pas seulement en tout cas. Le traitement carcéral et le surpeuplement bafouent encore trop souvent la réalité des droits de l’Homme. La prison, c’est aussi l’institution de la brimade systématique, la légalisation du non droit. Mais construisez des prisons modèles, modernisez les cachots, additionnez les matons, multipliez les cellules et rien ne sera résolu. Avec une politique de punition perpétuelle, il n’y aura jamais assez de places, il n’y aura jamais assez de surveillants, les prisons ne seront jamais assez nombreuses. Le nombre de détenus reste bien supérieur à ce qu’il a été, il augmente plus vite que la délinquance.

La prison, une “vengeance sociale”

Mais d’où vient-elle, cette idéologie de la punition dont tous les protagonistes sont obligés d’en reconnaître à la fois l’inefficacité et l’inhumanité ? Inefficace et promouvant la récidive en détruisant toute vie sociale du détenu.

Quand a-t-il été dit que l’enfermement résolvait les problèmes ? La prison ne fonctionne que comme une oubliette sociale. Le détenu est soustrait de la société, non pas pour changer, mais pour que sa claustration plaise au monde. Incompréhensible quand les peines sont si lourdes qu’aucune rédemption n’est attendue.

L’absence de clémence est à l’image de l’absence de résultat de l’enfermement. On sait tellement que la prison est impuissante que son seul recours est dans la durée interminable des peines et dans l’oubli social de la personne incarcérée. Encore que la punition rate généralement les vraies menaces. Il y a plus de petits pauvres en prison que de criminels ! La plupart des vagabonds connaissent la détention. Au contraire, les tortionnaires, les bourreaux et les dictateurs y sont bien rares et protégés quand les petits y subissent toutes les humiliations permanentes et purgent des peines démesurées.

Quand donc sera envisagée enfin une réforme de cette vengeance sociale ? Quand donc s’ouvrira le débat interrogeant l’origine et la prévention, et questionnant l’abrogation des lois qui construisent des délits sans victimes ? Quand donc cette honte démocratique sera-t-elle enfin l’objet d’une explication ?

Disgrâces de la France

En faisant l’économie du débat abolitionniste, les élus politiques prolongent le même gâchis social. En n’accordant aucune grâce, le président renonce à la réflexion nécessaire sur l’omnipotence de l’idéologie punitive et de la privation de liberté.

Mais c’est beaucoup plus grave que cela encore. En légitimant toujours davantage l’idéologie de la punition, de la séquestration et de la réclusion, notre monde laisse entrer toutes les forces brunes, toutes les initiatives totalitaires…

Regardez-les folâtrer avec les pensées autoritaires et justifier les obsessions carcérales. A trop caresser les fachos, la couleur de l’Etat devient moins marine que brune. Alors, forcément, dans cette course en avant des faveurs autoritaires, avec la montée des nationalistes et des réactionnaires, avec la dictature des marchés et des finances, avec le capitalisme triomphant, nous verrons bientôt s’ajouter aux lois liberticides de ces dernières années, d’autres législations encore.

Déjà la durée des gardes à vues s’est étendue à plusieurs jours dans des conditions plus que contestables. Les inculpations d’”outrages”, de refus de fichage, d’obstruction de la voie publique se multiplient contre la moindre contestation révélant une volonté de criminalisation des luttes sociales. Et pourquoi pas, à l’avenir, une nouvelle loi interdisant la protestation non violente, une législation réprimant l’indignation et la résistance passive ? Elle arrive cette loi-là qui fournira encore son lot d’opposants et de pauvres à nos prisons honteuses…

Car c’est une disgrâce démocratique qu’on risque aujourd’hui en évacuant le débat sur les grâces…

Thierry Lodé, professeur.

Assistance sexuelle ou prostitution ? entre criminalisation et désir…

Soyons immédiatement clairs : je suis pour l’abolition de la prostitution comme je suis pour l’abolition du travail salarié et contre toutes les oppressions. Et cependant, cela ne m’empêche nullement d’être pour l’assistance sexuelle des handicapé-e-s de même que favorable à l’expression des syndicats des travailleuses et travailleurs du sexe.
L’assistance sexuelle est une revendication de l’Association des paralysé-e-s de France qui a ouvert une pétition sur ce sujet.
Il est pourtant fort tentant d’envisager l’assistance sexuelle comme une prostitution et la fourniture de prestations sexuelles sous le seul aspect du travail forcé. Là encore, il faut être clair, l’esclavage est une abomination, et le travail forcé concerne encore plus de 150 millions d’enfants dans le monde. Une extraordinaire violence est aussi faite à des centaines de femmes emmenées clandestinement dans les pays plus riches pour s’adonner à la prostitution sous l’emprise de passeurs qui marchandent leurs dettes de voyage ou la légalisation de leur séjour. L’exploitation odieuse des femmes et des enfants se continue largement dans la dynamique du capitalisme patriarcal. Une immense brutalité est à l’œuvre qui construit une vision pornocratique et marchande du désir. Il semble cependant que le refus de ce qu’on nomme la légalisation ou la réglementation de la prostitution ne soit pas si facilement réductible au travail forcé. Rappelons-le. Pour le moment et depuis fort longtemps, la prostitution « volontaire » est légale en France et n’a nul besoin d’être légalisée. En revanche, le proxénétisme est un délit.

Alors pourquoi existe-t-il un débat refusant la « légalisation » et exigeant l’abolition des prestations sexuelles « volontaires »? Ici, l’abolitionnisme n’est que de « l’interdictionnisme », c’est-à-dire que le raisonnement développé conduit à la criminalisation et à l’interdiction des pratiques actuelles offrant des prestations sexuelles immédiatement jugées comme entraînant une oppression des femmes. Les premiers abolitionnistes de la fin du XIXème siècle avaient d’abord pour but d’en finir avec le fichage policier et les sanctions permanentes contre les personnes prostituées et de leur ouvrir un suivi médical. En même temps, une volonté de prohibition a souvent demandé d’interdire la pratique de la vente de prestations sexuelles. L’ « abolition » immédiate de la prostitution est envisagée à travers des mécanismes de répression du client ou de la personne prostituée. En outre, la culpabilisation morale n’est jamais loin qui travestit une offre (évidemment discutable) de prestation sexuelle en « vente du corps des femmes ». C’est à travers une vision intrinsèque simpliste d’asservissement et de déchéance sociale qu’est pensé ce type de prestation sexuelle. Le problème est que ce point de vue simplificateur et misérabilisme est partagé par la droite bien pensante et la droite extrême, les barbus, les anti-IVG et les puritains qui amalgament alors pêle-mêle avortement, prostitution et débauche dans une même opprobre criminelle. Enfin, la stigmatisation du racolage ou des clients devient le point de vue officiel d’une répression camouflée des désirs sexuels qui ne sont plus tolérés que dans la sphère privée.

La réalité est pourtant plus complexe. Il existe réellement des personnes qui se prostituent volontairement. Certes, la prostitution « volontaire » résulte le plus souvent d’une condition élémentaire, la précarité de la survie, ce que connaissent bien les pauvres, les exclu-e-s, les étudiant-e-s, les étranger-e-s. C’est souvent la précarité qui entraîne des personnes en situation de grande détresse à pratiquer ce type de prestation moralement réprouvée et habituellement largement méprisée. Mais le travail salarié est aussi lié à la précarité, quand bien même il n’encourt pas la même indignité. Le salarié ne travaille jamais librement, le travail est la condition de sa survie et la violence de la précarité y est permanente. Le chômage est l’envers du décor de l’exploitation salariale qui refuse le droit à un revenu vital. Le choix d’un type ou d’un autre type de travail n’est pas aussi aisé qu’il y paraît et de nombreux travailleurs n’exercent simplement que l’emploi qu’ils ont pu obtenir, parfois bien éloigné de leurs compétences ou de ce qu’ils espéraient. Il ne reste que la mendicité pour vivre sans travailler si on ne dispose pas de rentes. Au demeurant, il existe bien des situations professionnelles discutables qui s’avèrent très proches d’une prostitution volontaire de l’esprit, sinon des corps, et où l’obéissance abêtie est réputée comme une vertu. De nombreux contrats marchands ne se signent qu’à l’ombre de frasques grivoises et bien des entreprises ou des dirigeants étayent leurs échanges à l’aide de call-girls, que, parfois, ils mépriseront ensuite. Cette hypocrisie capitaliste qui use d’une prostitution de confort n’empêche pas les mêmes de déclarer indécente la prostitution qu’ils ne contrôlent pas.

Pourtant, le client n’est pas toujours le pervers annoncé et la personne qui se prostitue n’est pas toujours une pauvre fille perdue. L’oppression des femmes et des enfants dans un monde patriarcal est une chose trop grave pour la simplifier. Dans le contexte d’inégalité marchande et de néocolonialisme, il existe aussi bien des femmes que des hommes pour combler leur misère sexuelle en cherchant des jeunes gens jusque sous les tropiques. Si l’exploitation pornocratique est plutôt masculine, le « tourisme sexuel » reste assez partagé. La vente de prestations constitue aussi une forme de thérapie contre la privation pour des personnes inaptes à la rencontre sexuelle. Il faut aussi dire que le travail du sexe « volontaire » ne concerne pas que des femmes. Bien que les clichés aient la vie dure, il existe une certaine proportion d’hommes, homosexuels, travestis, transsexuels qui vendent des prestations sexuelles. En outre, le répertoire contient des prestations qui ne sont pas toutes sexuelles. Alors que la vente de photos nues, de vidéos même dégradantes, de conversations érotiques ou de petites culottes usagées n’est pas assimilée à de la prostitution, certaines masseuses ou les « dominas » par exemple pratiquent rarement autre chose que l’organisation de situations sensuelles ou fantasmatiques sans acte sexuel.

On argumente généralement que l’argent des prestations sexuelles est détourné par le proxénète lorsqu’il existe. C’est malheureusement vrai. Mais les prestations s’avèrent également une source de revenu pour les personnes « volontaires » qui les vendent. Le travail salarié ne diffère pas ici. Une grande partie de la valeur du travail est détournée au profit du patron ou d’actionnaires, et pire, dans ce cadre là, ce détournement est légal. Les relations de travail connaissent largement le harcèlement et la pression, et les marges de choix restent bien limitées. Seules les luttes sociales ont permis que soient arrachés quelques aménagements, congés payés, arrêts maladies, périodes de repos, retraite. Pareillement, les prostitué-e-s disposent de possibilités de refus d’une prestation ou d’un client et peuvent négocier le type de prestation. Même si cette marge de manœuvre reste réduite, l’offre de prestation sexuelle « volontaire » n’est pas enfermée dans un rapport de domination absolue où la personne prostituée n’aurait rien à dire. La personne prostituée peut même partager des sentiments avec un « souteneur ».

Mais la criminalisation de l’activité, le délit de racolage, et l’absence de syndicat des travailleurs du sexe entraînent des conditions de travail exécrables. Réprimer la prostitution ou pénaliser les clients peut vider les trottoirs, mais cela détériore d’abord la pratique de l’activité, la rend clandestine, empêche de protester contre la violence faite aux personnes et en réduit le suivi médical, pourtant indispensable. D’autant que l’organisation du travail du sexe est refusée au motif que ce serait accepter un sexisme inadmissible. Pourtant, la défense syndicale et la revendication de l’amélioration des conditions de travail n’empêchent nullement d’exiger l’abolition du travail salarié. Refuser que s’organisent les travailleuses et travailleurs du sexe, c’est risquer de les cantonner à un isolement propice à l’oppression et au néocolonialisme. C’est faciliter le harcèlement et le fichage policier. C’est n’accorder aucun droit d’expression, aucun sentiment, ni aucun rôle aux personnes concernées. C’est rester myope sur la réalité sociale de leur propre détresse.

Enfin, et surtout, comment se peut-il que l’assistance sexuelle aux personnes handicapées soit aussi facilement assimilée à de la prostitution ? Les deux arguments fondamentaux généralement réprouvés, argent et contrainte, en sont totalement absents. Dans l’assistance sexuelle, il n’existe pas de transactions marchandes, seuls les frais sont pris en charge, et la prestation sensuelle est seulement basée sur le volontariat, pas sur la contrainte, même économique. En outre, les volontaires disposent d’une formation adaptée aux réalités du handicap. Chacune des deux parties peut à tout moment refuser la proposition de l’autre et souvent la prestation reste plus sensuelle que sexuelle. Alors, pourquoi cette assimilation avilissante à la traite d’êtres humains et ce refus d’officialisation sinon par affirmation idéologique de la toute puissance d’un ordre puritain ? Les assistant-e-s sexuel-le-s ont été formé-e-s pour favoriser une certaine latitude affective et sexuelle des personnes et savent procurer une attention intime, sensuelle, érotique et sexuelle. Ils/elles conduisent des ateliers de séduction et d’estime de son corps. Il faut en finir avec des préjugés rigoristes de dames patronnesses. La prestation d’assistance sexuelle ne maltraite ni les assistant-e-s, ni la personne privée d’autonomie.

L’occultation de la question de la sexualité des handicapé-e-s révèle combien d’interdits sont encore en place contre la liberté des personnes. Car la frustration sexuelle et sensuelle est aussi responsable de nombreuses souffrances. Pour une personne handicapée, dépendre sans cesse du bon vouloir d’autrui dans les actes quotidiens ou dans les relations, c’est déjà souvent subir une infantilisation qui réduit toute recherche amoureuse. Mais comment faire, comment parler de ce vide émotionnel avec les soignant-e-s, les parents ou les aidants familiaux? La société oppose toujours une grande réticence envers les manifestations sexuelles des handicapé-e-s comme si l’abstinence était un enjeu de l’ordre normal.

Être privé de sexualité est pourtant un vrai tourment émotionnel et ce n’est pas normal de le subir. Ici, aucun sexisme primaire. Cela concerne évidemment aussi bien des hommes que des femmes, les handicapé-e-s que les prisonnier-e-s et tous ceux qui sont privé-e-s d’autonomie. Les religieux de tous poils contraignent la femme à dissimuler ses charmes, voire enferment toute velléité d’affirmation sexuelle quand la publicité exhibe sans cesse le mannequin idéal du désir masculin. La mini-jupe a toujours été la cible immédiate des réactionnaires. Le patriarcat exerce une réduction de la femme à la procréation maternelle ou à l’objet de désir. Mais l’anti-sexisme ne peut se comprendre comme une volonté de désexualisation des personnes humaines. La question de la libre expression des désirs est essentielle contre l’oppression machiste et puritaine et il ne faudrait pas que les révolté-e-s, les antisexistes, les anti-homophobes, les antiautoritaires, les libertaires et tout ceux qui sont attaché-e-s à la liberté ne se fourvoient à admettre des dénis moraux, religieux et pudibonds au nom d’un étrange « féminisme » vertueux ou d’une recherche assidue de la normalité du vieux monde

Évidemment, avoir un petit moment de sexe ou de sensualité n’est pas vivre le grand amour, mais vivre le sexe fait intégralement partie du développement émotionnel, sensible et intellectuel des personnes humaines. La grande majorité des êtres humains connaissent quelques expériences sexuelles préalables à leur attachement amoureux et ces expériences participent à l’épanouissement de leur vie affective. C’est cette expérience émotionnelle qui est refusée aux handicapé-e-s, aux prisonnier-e-s et à tous ceux qui sont privés d’autonomie. Les personnes handicapées rencontrent mille obstacles au cours de leur vie, mais voilà un droit humain qui peut enfin leur être reconnu. Le droit à la sexualité est une exigence libertaire qui ne peut se réduire ni à la négation de l’autre, ni au harcèlement.

La grande victoire du féminisme a été de réussir à faire reconnaître que l’anti-sexisme était une force d’émancipation gagnante pour les femmes aussi bien que pour les hommes. Il faut prolonger la critique des idéologies pornographiques particulièrement avilissantes qui construisent encore un érotisme fondé sur la domination masculine. La vacuité des comportements machistes et pornocrates privilégie les immatures, les violents et les égocentriques en justifiant l’exploitation marchande. Cette grossière oppression est en outre accompagnée depuis le plus jeune âge par un étalage de phallocratie jusque dans les livres d’enfants. Cette hégémonie machiste n’est pas non plus vraiment tempérée par le semblant d’éducation sexuelle scolaire qui oublie toute émotion érotique. Il faut délivrer l’humain de cette guerre des sexes primitive. Et cette libération réclame que soit aussi déchiffrés les désordres du désir, les labyrinthes des fantasmes sexuels, dans lesquels règnent aussi bien l’amour que la domination, le rêve que le fantasme, le pire et le meilleur. Une sexualité libérée est possible.

Mais la seule limite qui devrait cerner la sexualité humaine reste le libre consentement des adultes averti-e-s. Entre droit à la sexualité et exigence de pudeur, la mise en place d’assistants sexuels formés est une réponse simple, nécessaire et surtout humaine à la privation d’autonomie.

Ce n’est encore que le début de la lutte pour la libération sexuelle…

Thierry Lodé

Pétition de l’Association des Paralysés de France
http://www.faire-face.fr/archive/2011/09/06/oui-a-l-assistance-sexuelle-des-personnes-en-situation-de-ha.html

Ce fascisme qui vient…Ou l’imposture des droites

Bientôt, les journalistes vont découvrir que l’extrême-droite existe.
Le risque est à venir: une élection qui porterait les pires réactionnaires, les nationalistes bornés et les nouveaux nazillons au pouvoir. A vrai dire, l’Europe a prétendu se débarrasser de ces vieux démons de la barbarie nazie en instruisant le procès de Nuremberg et en évoquant sans cesse la concentration vers la mort comme argument majeur. Mais il semble bien que, partout, la droite extrême réussisse à s’accrocher au white power et à l’expulsion des idées parce qu’elle vante d’abord fortement l’ordre de la marchandise…

Certes les fachos sont pluriels, depuis les sectes fanatiques du voile ou du crucifix jusqu’aux idiots pathologiques adorateurs des croix gammées, depuis les crânes tondus adeptes de ratonnades jusqu’aux costumes cravates des modificateurs d’histoire.

Il faudrait cependant redire où s’ancrent les idées honteuses de la droite extrême comme un appui de l’exploitation. On parle fort du moustachu débile. Mais on chuchote trop doucement contre l’arbitraire des déportations des handicapés et des inutiles, des roms et autres gitans, des homosexuels et de tous les opposants. L’exclusion des perturbateurs de l’état et de l’ordre moral a été et reste le moteur final de l’univers concentrationnaire. L’organisation d’une cécité générale prétend encore nettoyer le pays de tous les insoumis et autres boucs émissaires. Il s’agit généralement d’effacer le problème de la gène occasionnée par l’évidence de l’oppression capitaliste. Car, dans le monde bien pensant des réactionnaires, les pauvres et les rebelles ne peuvent exister que si les on ne les voit pas. Alors se renforcent encore les habitudes policières au fur et à mesure que se superposent les anxiétés bourgeoises. Les journalistes aussi s’habituent à la violence policière comme s’il s’agissait d’une normalité.

Mais qui a coloré la peste brune de bleu marine ? Qui prétend qu’elle serait plus présentable ? Qui des politiques, des journalistes, des télévisions a persisté jour après jour à distiller les mêmes idéologies de la peur ?

L’outil est toujours le même, il faut empêcher les pauvres de se reconnaître entre eux et de résister. Il n’est pas certain d’ailleurs qu’il existe ce que l’on pourrait nommer des « idées » d’extrême-droite au milieu du fatras paranoïaque des réactions nationalistes. Car enfin, la droite n’a décomplexée que des pensées extrêmes. Voilà.

Marine Le Pen n’est pas un péril électoral, c’est un symptôme de la force incroyable de la bêtise et de la peur, juste le résidu visible des idéologies qu’on continue de nous imposer jour après jour. La menace policière de la marchandisation de nos vies est présente tous les jours. On le sait clairement. Après, il est toujours possible de nuancer la politique d’un nationalisme social, mais alors on fabrique forcément du national socialisme…

Jeunes gens, la vie est courte ! Il ne peut pas y avoir d’autres rébellions que des révoltes qui s’affirment aussitôt contre l’autoritarisme. Une révolte est antiautoritaire ou n’est pas ! Une pensée raisonnable est immédiatement une pensée antiautoritaire. Ceux-là qui ordonnent ce monde de l’oppression n’ont aucune indulgence à attendre. Et ceux-là qui obéissent ne sont que les instruments de l’exclusion des autres. Il faut redire cela en actes, il n’existe pas de gentils policiers, de bons soldats ou de dirigeants sympathiques, ceux-là on fait déjà le choix de nous mépriser.

Ce vieux monde a besoin des droites extrêmes car elles sont le terreau des idées dominantes, de ces « philosophies » qui justifient l’exploitation des autres. Le fascisme n’a pas disparu, la bête est simplement plus ou moins cachée…car dans le curseur politique, la répression est toujours une option du monde marchand. La démocratie si vous vous taisez, la répression si vous parlez, le fascisme si vous oubliez de vous taire….

La droite est sur le même curseur. Au delà des chicaneries de scrutin, il y a déjà des élus de la droite extrême, de ces zélateurs qui parlent pareils que l’extrême-droite en se prétendants populaires. Et bientôt, dans quelques élections à venir, ces élus là s’associeront encore avec les fachos pour défendre leur monde de fachos. C’est cela que rend visible la politique répressive actuelle et ces lois liberticides amoncelées par nos gouvernants. Mais on ne les oubliera pas.

Ceux-là ont banalisé la répression contre la moindre tentation de révolte depuis des années. Il y a eu les polices parallèles, le SAC et autres mercenaires contre lesquels nous nous sommes tant battus dans les années 70.Désormais, on nous sort les polices privées et autres sociétés de sécurité, la délation comme art et manière et la rétention comme habitude.

Il y a d’autres répressions encore à venir qui se testent à coups d’ondes électromagnétiques et de canons à encre dans les laboratoires des serviteurs de la maréchaussée. Il y a d’autres prisons qui se conçoivent encore dans l’esprit des indignes architectes et il y a d’autres ordres du monde qui s’organisent entre sommets officiels et tapotements dans le dos. En dépit de ce qui se raconte, de ce que l’on montre, le fascisme continue à grands pas. Jamais ceux qui confisquent les voix du vieux monde n’ont autant célébré le patriarcat et le puritanisme, l’économie marchande et l’exploitation, la haine des exclus et des révoltés et même un incroyable colonialisme. Car c’est à partir des mots que ces gens là continuent d’imposer leurs idées réactionnaires dans le silence généralisé du vieux monde. Tout le spectacle des petites phrases fascistes ont fait le lit du FN et continue de le border.

Mais méfiez-vous petits roitelets et autres prétendants imbéciles au pouvoir. Car ce n’est pas parce que les peuples supportent encore ce vieux monde qu’ils approuvent vos gesticulations réactionnaires. Ce n’est pas parce que les pauvres se taisent qu’ils ne parleront jamais.

Petits chefs et fachos, comme d’autres dictateurs ou apprentis autocrates, vous allez vous en apercevoir un jour.

Th Lodé

Liberté, égalité, sexualités : pour les personnes handicapées

Avec Sexe, amour & handicap, le cinéaste Jean-Michel Carré a réalisé un nouveau film poil à gratter. Un documentaire d’une grande humanité qui sera diffusé sur France 2 le jeudi 24 février, à 22 h 45.

Jean-Michel Carré et les films Grain de sable réalisent des films qu’on prend en pleine tête, en plein cœur aussi. Qu’il s’agisse de parler de l’enfance, des femmes, de prostitution, des prisons, d’alternatives à la psychiatrie, de toxicomanie, de syndicalisme ou de politique internationale, les documentaires de Jean-Michel Carré ne font pas dans le consensus mou.

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Robin des banques ou cocu du capital ?

C’est commode. Comme le purin annonce l’élevage de cochons, la banque représente le guichet le plus visible du système. Et le salariat est la condition d’existence des exploités comme l’herbe est la condition d’existence des vaches. Sans notre salaire, nous survivons à peine. Faut-il alors lui préférer la petite entreprise ?

Depuis les tentatives du 19ème siècle pour « vivre ensemble autrement », les communautés et autres phalanstères se sont essayés à la production directe de leurs conditions d’existence. Pourtant, face à ce « déchaînement de forces critiques » apparent, l’exploitation capitaliste a tenu bon. Flûte, alors ! Peut-être que la production vivrière réduit un peu de l’exploitation, mais cela n’est ni un en-dehors du système, ni une révolution du monde marchand.

J’ai bien écouté. Enrique Duran-Giralt affirme « nous pouvons vivre sans le capitalisme » mais cette galéjade ne se résume qu’à un programme de décroissance. Bien sûr, l’action individuelle d’insoumission à la banque paraît retrouver les projets activistes des Jules Bonnot et autres anarchistes. C’est ce que le mensuel CQFD a encensé en parlant de « robin des banques ». Assez des amnésiques ! L’illégalisme, lui, ne s’est jamais proposé à la reconstruction d’un système d’échange, nommé pour la bonne cause, alternatif ou social. Bien au contraire, les emprunts effectués par Duran l’entraînent désormais à rester pauvre pour ne plus être solvable, c’est-à-dire pour ne pas rembourser la dette contractée.

Toutefois, le projet de Duran a peut-être quelques mérites. Dans un premier temps, il a utilisé une stratégie d’expropriation bien connue des anarchistes, même si elle ne mettra jamais à nu le capitalisme en soi. Cette manière permet de se doter des moyens pour prendre la parole. En s’associant par groupes d’affinité, les personnes peuvent développer leur colère et même s’aventurer à de nouvelles résistances.

Mais, la stratégie de Duran est incroyablement modeste au mieux, caricaturale au pire. Il ne parle plus que d’argent et de petit commerce. On se fourvoie ici. Son objectif réel est seulement de prétendre diminuer sa dépendance au capitalisme. Réduire sa dépendance n’est pas résister, c’est admettre la misère et le mercantilisme. Cette illusion de la décroissance n’a, au bout du compte, qu’une visée anti-productiviste. Elle brigue alors maladroitement de refaire un nouveau monde marchand, avec la défense du petit commerce et la morale de la pauvreté volontaire en mire.

C’est ballot. Le monde marchand ne va pas s’écrouler parce que des pauvres vont s’échanger des services et de la monnaie. Sinon il suffirait de vivre dans la misère d’une économie vivrière pour voir s’effondrer le système. Il suffirait de refuser les miettes, de vivre sans aucun des minuscules acquis sociaux, congés, sécu, retraite, rsa obtenus lutte après lutte. Le capitalisme aussi tolère ses solidarités. Mais la marchandise a besoin de garder des pauvres, même petits entrepreneurs vivriers. Se prétendre en dehors de l’économie marchande, c’est donner le faux espoir d’une préexcellence des membres d’une communauté par rapport à des exploités qui seraient, eux, davantage soumis et malvoyants. C’est une idée aveugle, une idée de cocu.

Car enfin, le capitalisme n’est pas une somme d’argent qui stagne et il est capable d’absorber des déficits autrement plus importants que la perte de quelques millions. Le capitalisme est précisément l’art de la dette. Rappelez-vous. Il y en eut pour commander de retirer le petit pécule de son compte, mais il faut être bien naïf pour penser qu’un découvert bancaire intimide le monde marchand. Faire croire qu’organiser des coopératives ou des opérations mutualistes peut nous sortir de l’économie marchande est une aberration qui n’empêche évidemment rien du rapport d’exploitation des autres. Pire, c’est annoncer péremptoirement que ceux qui n’admettraient pas la prétendue « économie solidaire» seraient eux-mêmes responsables de la continuité des saloperies du vieux monde, que les pauvres seraient des collaborateurs du monde marchand. Cette incroyable arrogance est, au mieux une illusion de bobos malvoyants, au pire un vandalisme des idées libertaires…

Non, le capitalisme n’est pas un système mal organisé qu’il suffirait d’aménager, c’est fondamentalement un rapport social d’exploitation. Il faut le redire. Il n’y a évidemment pas d’en dehors au rapport marchand. L’argent, l’économie, la monnaie « sociale » ou autre pitrerie parle toujours d’économiser nos vies. L’économie n’est que le langage de la marchandise.

Cornegidouille ! Non, il ne s’agit pas d’économiser la misère de l’exploitation, mais de changer le monde. À bas la marchandise, à bas le salariat, à bas notre condition d’existence d’exploité.

Thierry Lodé

La marche des canards. Ou derrière l’état, la leçon des chars d’assaut…

La tyrannie des fascismes parait parfois loin derrière nous. Avec les horreurs du nazisme, l’autoritarisme a obtenu sa pire gravure. Mais qu’est-ce que l’extrême-droite et le totalitarisme ? Il est, de fait, difficile de caractériser cet appétit de dictature pourri d’idéologies criminelles. La volonté d’imposer un ordre bien à soi construit aussi bien l’état nationaliste que les particularités monarchistes ou théocratiques. Mais il est des leçons que l’on peut aussi tirer des démocraties actuelles.

Par exemple, il y eut un débat pour rendre compte des politiques liberticides des gouvernements Sarkozy et autres implications identitaires. Était-ce du fascisme que de détruire les campements de roms, de réexpédier les immigrants dans des pays en guerre, d’emprisonner ceux de Tarnac, d’établir des lois contre les manifestants masqués, de renvoyer un enfant polyhandicapé entre autres exemples ? Nombre de journaux bien-pensants ont répété que le fascisme était autre chose, de l’ordre de l’idéologie nationaliste plus que de la construction législative, ou encore que l’inspiration de Sarkozy ne venait pas d’une filiation avec Pétain, principalement parce que les intentions pragmatiques de notre gouvernement le dédouanait de risquer un tel dérapage. Non, ces politiques étaient décidées par des « voyous », certes, et votées par des nostalgiques de la droite dure, mais pas par des fascistes. La liberté serait confisquée au nom de la démocratie parce que l’objet en était  notre protection.

Outre que c’est oublier un peu vite que le fascisme eut précisément ces méthodes de voyous et ses pseudo-intentions rédemptrices, il me semble que c’est aussi tenter de distinguer les « bons » liberticides des « mauvais ». Mais quand on a des ailes de canard, des pieds de canard et qu’on marche comme un canard, peut-on échapper à cette nomination de canard ?

Le gouvernement brésilien vient, en tout cas, de nous apporter quelques informations en direct des canards. Démocratiquement élu à peine, l’état de gauche décide immédiatement l’envoi de 18000 hommes des forces armées et de six chars de combat pour réinvestir un lieu des plus mal famés, les favelas, ces bidonvilles où s’entassent des milliers de pauvres. Rétablir l’ordre « républicain », châtier toute infraction à l’ordre public, cela vous dit quelque chose ?

Pour user de l’armée contre les pauvres, le discours a été simple. Car la marche des canards est une danse à trois temps. Premièrement, on désigne une catégorie particulière de gens que l’on joue contre les autres. « L’ennemi intérieur » a ainsi toujours fait recette. Pensez-donc, l’ennemi, une catégorie extérieure par excellence devient ainsi un mouton noir contre les autres, mais situé à l’intérieur de la « nation ». C’est aussi la méthode du bouc émissaire. Les métèques, les terroristes, les homosexuels, les juifs, les noirs, les arabes, les roms, les anarchistes, tous ceux-là ont aussi eut leur heure. Le lieu peut tout autant servir depuis les quartiers jusqu’aux favelas. Au brésil, la désignation concerne les « narcotrafiquants ». Quel joli vocable pour parler de cette hypocrisie ordinaire qui fait que les pauvres inventent une autre économie pour survivre. Que cette économie de la misère soit ensuite investie par des mafias et marchands en tout genre n’empêche rien du fait que c’est d’abord parce que les ressources sont confisquées que les pauvres s’organisent autrement. Cette duplicité est un autre débat, mais qui revient toujours à cette même appellation d’ennemi intérieur. Au fait, comment reconnait-on un narcotrafiquant sans son étoile rose ? C’est simple, il est dans le viseur.

Deuxième temps, une fois le groupe ennemi étiqueté, il faut veiller à trouver des textes législatifs ambigus offrant  le droit à la police de poursuivre cette illégalité. Si ces textes n’existent pas, ils sont rapidement votés en termes très généraux, mais prétendument applicables à des cas très précis sur le moment, comme ce fut le cas de la loi contre les « manifestants masqués ». La loi punit les actions désignées, puis les associés de ces actions ou « associations de malfaiteurs », et depuis peu, par extension, et notamment en utilisant le fanatisme islamique, on fustige aussi l’intention de ces actions, sous le terme « en rapport avec une entreprise criminelle ou terroriste ». On voit alors des polices militaires s’installer, armes à la main, dans les gares et les jardins publics. Remarquons aussi que les patrons voyous et autres malfaiteurs du peuple sont consciencieusement ignorés dans ces actes légaux et encore davantage dans la punition.

Troisième temps de la marche des canards, l’application de la répression au prétexte de la loi. Soudain, les forces de l’ordre entrent en scène, bruyamment devant les caméras. L’arsenal législatif présente cependant un inconvénient, il ne dit rien de la sortie des chars d’assaut. Car quand la police ne se montre plus assez efficace pour réprimer le peuple, on sort immédiatement l’armée et ses groupes spéciaux de combat, toujours au nom de la loi. Ces assauts révèlent toujours l’inouïe brutalité des forces engagées, frappant sans état d’âme d’estoc et de taille. Dès lors, la peine de mort immédiate peut être banalisée comme cela se fait aujourd’hui, devant nous, dans les favelas. La mort est toujours du côté du plus fort. Notons, au passage, que c’est soi-disant pour éviter les décès accidentels dus à l’absorption de mauvaises drogues, que la police et l’armée brésilienne sont présumées intervenir en ce moment. Bien entendu, ces atrocités constituent une manne pour les journaux qui relaient sans nuances le discours d’état. Mais il n’en reste pas moins que la prétendue légalité est largement bafouée par ceux qui prétendent l’appliquer. Ici, pas d’arrestation dans les règles, le droit est seulement du côté des armes. Alors, pour réinvestir la bourse contre les patrons voyous, envoyons aussi l’armée…

Une leçon peut cependant être apprise ici. C’est que derrière l’état, de la Tchécoslovaquie à la Chine, en passant par mai 68 ou le Brésil d’aujourd’hui, les chars d’assaut ne sont jamais loin pour peu qu’on sache comment en présenter aimablement l’intervention armée. La force brutale impose l’ordre. Peut-on imaginer cela en France ? Non ? Et pourtant les « cités », les « quartiers » n’ont-ils pas déjà fait l’objet d’une loi d’exception, « l’état d’urgence » a été décrété en 2005 contre des enfants des banlieues. Et que dit la loi sur l’état d’urgence ? A combien de morts a-t-elle légalement le droit ? Mesrine aussi a été abattu sans procès.

De fait, la démocratie ne parait bien qu’une des situations possibles de la force de l’état, qui, dès qu’il s’avère un peu bousculé, sait parfaitement ignorer les conditions d’applications de la démocratie elle-même. Démocratie et dictature paraissent deux dispositions provisoires, apparemment à l’extrême l’une de l’autre, mais parfaitement complémentaires et interchangeables selon les évènements. D’ailleurs, plus la droite devient décomplexée, plus Marine se fait présentable, et qui sait, bientôt on les verra ensemble…

Faut-il attendre le troisième temps ? Une république ne peut pas exister à l’ombre de lois d’exception. Le premier temps de la marche des canards, l’établissement de lois scélérates, injustes, illégitimes, liberticides montrent que le totalitarisme n’est jamais loin pour s’en prendre dictatorialement à ceux qui sont désignés. L’acceptation docile de ces légalités douteuses doit être combattue, refusée. La résistance commence là.

Alors, risquons-nous la dictature parce que nombre de lois liberticides ont été adoptées ? Pas encore, mais c’est selon les besoins car nous y sommes un peu quand même. Car quand on a des plumes de canard, des ailes de canard et des pattes de canard…

No Passaran…

Thierry Lodé

Enfants libres, il faut jeter vos albums d’animaux habillés

En cette période bientôt festive, qui peut échapper au désir de remplir la hotte de présents ? La lecture ne faisant plus recette chez nos contemporains, les plus jeunes enfants se voient offrir maintenant des livres, comme si ce tardif effort rachetait les misères de l’insuffisance de leurs ainés. La prolifération d’animaux dans la littérature enfantine ferait presqu’oublier qu’il existe des espèces en danger d’extinction sur cette planète.

C’est ici que le bât blesse. Car à se pencher sur l’économie littéraire réservée à nos enfants, il y a lieu de s’interroger sur ce qu’on leur inculque. Prenez ces ouvrages apparemment désinvoltes et innocents où une taupe habillée d’un tablier côtoie un lièvre vêtu d’un pardessus. D’autres exemples iraient tout aussi bien au fond des choses tant les livres d’animaux habillés font recette. Voilà des albums qui semblent avoir traversé les décennies sans avoir rien changé de leur message réactionnaire.

Dans ces œuvres colorées, le père, qu’il soit lapin ou girafe, ne raconte la vie aux enfants que lors de ses activités de pêche ou de bricolage. Dans le trône de son fauteuil patriarcal, notre père animal lit, mais seulement le journal, innommable symbole de la fatigue répété du travailleur solitaire. La télé restant toujours éteinte (on ne sait si le réparateur s’est absenté), le père ne prend de loisirs qu’à des activités récréatives. Chaussé d’éternelles lunettes d’intellectuel et portant généreusement la cravate, ce père fantaisiste et si aimable ne connaît du travail que celui des responsabilités. Jamais n’apparaît aucune tension, l’exploitation capitaliste reste dissimulée, chose certes honteuse, mais dont l’enfant n’a rien à connaître dans le livre en tout cas. C’est autre chose ailleurs. Dans la vie quotidienne, la misère peut régner, l’univers du bouquin enfantin n’en livre jamais rien. Bien sur, s’il est castor, l’animal habillé portera une salopette digne d’un travailleur plus manuel…

Quant à la mère castor, qui, dans tes tenues dignes des années 50, prépare encore un repas, son horreur ordinaire apparaît dans le tablier nécessaire dont on affuble la pauvre bête. Sans doute parce que la démesure sexiste ne semble pas suffisante, cette mère poursuivra ses corvées ménagères en souriant à l’enfant-bête qu’elle a enfanté dans le plus grand secret du livre. Le cabas et le fichu rose ou gris marquent désespérément les attributs du sexe. Ces familles animales biparentales et caricaturales dans un sursaut de modernisme ne possèdent que deux enfants.

Plus la famille animale est habillée, plus la lecture confine à l’obscène. L’animal habillé répète l’absurdité d’un sexisme ordinaire récompensé par un capitalisme triomphant. Qu’importe les intentions virtuelles des dessinateurs et des scénaristes. L’idéologie la plus réactionnaire y côtoie la brutalité antisexuelle la pire. L’habit camoufle le sexe pour afficher le patriarcat et le capitalisme. Loin d’être drôles, ces figures pitoyables délivrent non seulement un propos machiste, mais parfois même discriminant. Les albums d’animaux habillés n’hésitent guère, non plus, à travers l’histoire de la petite graine, à mentir aux enfants en agrégeant de manière indélébile sexualité et reproduction. Bien entendu, nos anges blonds n’ont pas de sexualité, ni rien à connaître et celle qu’on leur révèle reste enfouie dans un obscur règne de la reproduction. Ici n’existent pas d’homosexuels ou des familles recomposées, mais seulement des rôles phallocratiques et des ainés retraités. Qu’on ne se méprenne pas, le monde décrit aux enfants est un autre monde, redoutable et obscène, de ceux qui enferment la diversité des humains dans des préjugés éculés et scandaleux.

Mais qui s’intéresse encore à nos enfants, cerveaux manipulables dont on fera des salariés aussi polis que père castor ?

Décidément, il ne faut pas habiller les animaux. Et le pire encore, c’est que des animaux méconnus servent ainsi cet objet d’idéologie réactionnaire. Pauvres bêtes qui pourraient au contraire raconter ce qu’est la réalité biologique de la vie sauvage sur cette planète inouïe…

Thierry Lodé

Professeur d’Écologie Évolutive

Sous le voile de l’état policier…

Il s’en cache des choses dans la tête des politiques ! Même sans voiles… Savez-vous, qu’au nom de la liberté des femmes, on s’apprête à interdire, sur la voie « publique » le port du casque de moto, du foulard hivernal, du déguisement de carnaval, du masque chirurgical ou de toute autre voilette qui troublerait votre identification par les gens d’armes et leurs caméras. Comme toujours, dans la tête de ceux qui font profession d’être des élus politiques, il s’agit d’abord d’un renfort de l’état policier.

La fameuse loi dite de « l’interdiction de la burqa » ne fait guère dans le détail. Elle comporterait en effet deux articles majeurs, le premier interdisant toute dissimulation du visage et le second sanctionnant toute personne incitant à cacher son visage. Rien qu’en protestant ici contre cette loi qui se maquille, ne serais-je pas déjà punissable en tant que j’inciterais à refuser d’être identifiable, que je pousserais à la dissimulation ?

Loin d’un enjeu prétendument laïque, la loi devient clairement un appui à la répression policière. Cornegidouille ! S’il s’agissait de libérer les femmes de la domination coercitive des adeptes imbéciles de pénis supérieur, que ne se limite-t-on pas à corriger ces mâles tourmentés par la féminité visible ? S’il s’agissait de réduire l’emprise hystérique des superstitions religieuses, que ne libère-t-on pas l’espace public des calvaires, minarets, kipas et autres soutanes ? S’il s’agissait enfin d’aspirer à la société des bisounours et du « mieux vivre ensemble », que ne rend-on pas publics les milles secrets des horreurs archivées ? Que n’ouvre-t-on l’espace aux handicapés obligés de se frayer un chemin à travers mille obstacles marchands ? Enlevons du moins les monstrueuses cagoules des GIGN et autres maréchaussées affectées à notre surveillance.

Et si je voulais, moi, me masquer ? Si je refusais d’être identifié jour et nuit dans mes activités quotidiennes qui ne regardent que moi ? En quoi cette liberté trouble-t-elle celle d’autrui ? Voilà, ceux qui nous dominent savent bien pousser le curseur de la démocratie apparente vers la dictature des lois « d’exceptions » dès que le peuple dérange leurs affaires. Les vérifications d’identité s’avèrent déjà une brimade scandaleuse qui révolte tous les défenseurs des droits humains et voilà que le contrôle s’aggrave encore.

Bien sûr, la législation contre ce voile ignoble qui prétend grillager de soi-disant immaculées donzelles face à la concupiscence, a ouvert la porte à d’autres zélateurs. Nous voilà de plus en plus visiblement dans une société qui est en train de nous enfermer, sous l’allégation de lutter contre la mascarade des intégristes, dans un état définitivement policier. Ne nous trompons pas de croisière, la loi sur le voile reste bien un prétexte de droite…

Les multiples pores de respiration de la liberté des individus sont peu à peu étranglés et déformés. Contrôlés, espionnés, surveillés, fliqués chaque jour davantage. Comment pourrait-on accepter cette intrusion continuelle dans nos vies ? Autour de nous s’organise toujours l’autoritarisme et la France reste une des sociétés les plus répressives. En quelques années, la répression policière est devenue l’une des pires d’Europe contre toutes les marginalités. Demandez aux déportés de l’économie, immigrants, enfants pauvres ou minorités sexuelles, la France n’a déjà plus rien d’une société d’hospitalité, d’égalité ou de fraternité et on se résigne à voir bien des droits humains fondamentaux quitter jusqu’à nos souvenirs. La société de surveillance et l’omniprésence biométrique s’est construite derrière la fatigue de nos rebellions.

Sous le voile, c’est encore la liberté qu’on attaque…il y a eu d’autres soutanes et d’autres bonnes sœurs dans nos contrées et c’est finalement la liberté des mœurs qui a eu raison d’eux…rien d’autre que l’aspiration à la liberté.

Car, n’en doutez pas, la volonté de liberté des peuples est une force qui chemine….

Thierry Lodé
Professeur d’écologie évolutive

Anarchiste maintenant

–> (Juste un billet d’humeur)

Quelqu’un qui méprise la police ne peut pas être un mauvais homme. Qu’y-a-t-il de plus abject que de faire un métier qui use de la force, du matraquage, de l’emprisonnement, voire du meurtre « accidentel », le plus souvent sur des personnes démunies, pauvres, et même sur des enfants ? En constatant que, de plus, ces gens-là se bardent d’un attirail répressif outrancier et agissent dans la violence la plus effrénée, on ne saurait oublier la vilénie de l’idéologie punitive, discriminante, et parfois xénophobe qui est distillée dans ces arrière-cours. Ne faut-il pas s’avérer bien paranoïaque pour consacrer sa vie à surveiller les autres et bien vicieux pour vouloir punir ? Rien que l’ignoble et systématique « garde à vue » exerce, à elle seule, un démenti cinglant à la déclaration des droits de l’homme. Comment s’étonner que ces adeptes des « marches au pas » soient la cible des rebellions immédiates puisqu’ils s’adonnent à édifier le mur de protection du système. Et que dire de ces flics silencieux qui fichent et contrôlent les habitants d’ici comme des ennemis intérieurs. A quand le courage minimum d’en finir avec ces polices secrètes et d’état ?

Il y a plus méprisable cependant. Il y a ceux-là même qui font profession d’exercer le pouvoir. Cette oligarchie qui fait son métier d’être des élus. Ces élus professionnels ne sont en rien respectables. Ils ne sont en rien le peuple, ni même les représentants qu’ils se déclarent être. La démocratie, là, n’existe que le bref instant où le citoyen croit encore détenir son bulletin de vote, ce bout de papier dérisoire qui hésite un choix entre charybde ou scylla. De démocratie, elle n’a que la fonction élective provisoirement accordée, sinon, elle n’est qu’une oligarchie au service des exploiteurs, et aujourd’hui, une quasi-monarchie grotesque. Une monarchie sans royauté héréditaire (c’est sa seule limite à un absolutisme des oukases), mais une mono-archie emplie de ces roitelets impudents qui décrètent plus de répression, jugent qui peut passer les frontières ou décident à notre place de la vie future.

Il faudra un jour qu’ils rendent des comptes, ces professionnels de l’élection, ces prétendus chefs de quelque chose comme s’il suffisait de se targuer d’un pouvoir qui n’est pas à eux. Il faudra qu’ils expliquent la prétention de leurs actes et l’infamie de leurs décrets. Qu’il prenne garde que le peuple ne leur demande de quel droit ils ont ainsi disposé de nos vies. Oui, ils vivent de nos abdications, mais ils exploitent surtout nos épuisements. Les voilà qui fomentent des expulsions, des frontières, des contrôles. De temps à autres, bien sûr, le système crapuleux que certains ont mis en place devient visible lors d’un procès ou d’une « affaire », mais ces déboires masquent mal que l’oligarchie se nourrit des autres…Et quand bien même, ces élus professionnels construiraient une aimable politique, leur seule prétention de détenir nos vies, de décider à notre place reste une immondice. La seule démocratie est directe, et ne connait que des délégués révocables à tout moment.

Et puis, il y a ces accapareurs. Ceux-là qui prennent sur les autres, ceux-là qui font faire leur sale besogne, parce qu’ils prétendent s’approprier pour eux seuls un morceau de la planète terre. Ni le monde ni l’humanité ne sont à vendre. J’ai lu, bizarrement dans le Monde Libertaire, les errements « politiques » de certains appelant à associer les mots capitalisme et libertaire. Ceux-là se gardent bien d’user du mot d’anarchiste. Il leur faut une idée simple et le terme libertaire a toutes les connotations plaisantes à leurs yeux. En utilisant la crainte que les communistes révolutionnaires eux-mêmes ont de l’individu, en citant Proudhon, Bakounine, on peut réduire l’anarchie à l’absence de pouvoir, mais surement pas au désordre. Au désordre de quel ordre, d’ailleurs. L’anarchie est l’absence de pouvoir et c’est cette idée simple non-autoritaire, mais extraordinaire qui vaut contre tous les oppressions.

Il y a au moins un malentendu, sinon une imposture. Le capitalisme n’existe pas en soi, seule existe l’exploitation capitaliste. Pas de bourgeois sans exploités. Le jour où un type s’est enrichi en se déclarant propriétaire, il l’a fait sur le dos des autres. Le monde marchand vendrait sa propre mère et demande à chacun de s’y consacrer. Rien de plus ignoble que le processus d’héritage qui décide de l’inégalité des êtres humains. Le capitalisme est à vomir parce qu’il n’est qu’une exploitation à l’échelle planétaire. C’est ce que l’idéologie du « développement durable » prétend prolonger encore en dépit du désastre. Ces gens-là font de l’argent le fondement des relations, et de l’exploitation la seule qualité de la richesse. Ils prononcent les mots emploi, recherche et développement et ces termes ont dans leur bouche toute l’amertume des années d’oppression. L’humanité au contraire se pratique gratuitement. Même une recherche scientifique ne se brevète pas, elle se publie librement.

Chacune de nos résistances constitue une incroyable performance. Chacune de nos rebellions génère un immense espoir. Du moins, il y a ceux qui refusent de devenir ces auxiliaires de police qu’on nous demande de plus en plus d’incarner, à l’école, au lycée, à l’université, au supermarché, dans la rue même. Il y a ceux qui se battent, sabotent l’organisation policière du monde, offrent des refuges aux exclus de la vie de quelques horizons qu’ils soient. Ce monde ne tournera pas rond si facilement. Il existe une colère qui réintroduit la liberté dans les révoltes, une perspective libertaire contre le capitalisme, une alternative anarchiste contre le monde marchand…

Décidemment, oui, je me sens anarchiste, aujourd’hui et maintenant.

Thierry Lodé
Professeur d’Écologie Évolutive

Décidemment, l’empreinte écologique et le carbone nous font mal à la tête…

Décidément, le propre de l’écologisme est d’avancer caché. Et ce n’est pas les habits neufs du vice-président Bové1 qui nous montrent le contraire. Le réchauffement climatique vend déjà ses tonnes équivalent-carbone. Et voilà que, le commerce de la fin du monde nous propose encore l’une de ses jolies prestations, l’empreinte écologique2. Or, nous prétendons que, sous des atours dissimulés, l’empreinte écologique proclame fondamentalement une même soumission au mécanisme de l’appropriation capitaliste. Il ne s’agit que de rendre la soumission plus durable.

Dans la cacophonie exercée par nos jardiniers de la planète, l’empreinte écologique correspond à un calcul savant de la surface utile pour produire la même chose. La conclusion «heureuse» est que cette surface fictive n’existe pas et que «nous» devrions réduire notre empreinte écologique simplement pour survivre. L’empreinte révèle par conséquent le gaspillage consumériste propre à «nos» sociétés et l’absurdité de «notre mode de vie» de riches. En doutions-nous ? Voyons donc par où le bât blesse.

Sensée se référer à un contre emploi du PIB, l’empreinte écologique prétendait intégrer les données environnementales aux contraintes de l’industrie afin de mesurer la pression exercée sur les écosystèmes par le mode actuel de production capitaliste3. Présentée sous la forme d’un calcul scientifique des énergies consommées rapportées à la biomasse disponible, l’empreinte écologique met l’accent sur la productivité des surfaces4. Ainsi, dans le travail universitaire original, la bio capacité moyenne de la planète est évaluée à 1,3 ha par personne, c’est à dire que chacun consommerait la production de 1.3 ha. L’idée économico-écologique de la mesure de l’empreinte devrait ainsi permettre d’adapter l’économie marchande aux limites de la planète et de poursuivre un « développement » continuel.

Néanmoins, de multiples critiques ont été portées sur le système de mesures5bio-équivalentes, le calcul amoncelle des unités bien hétérogènes (agrosystèmes et océans par exemple) et simplifie la valeur marchande des écosystèmes. Bref, le soi-disant algèbre savant n’est en fait qu’un piètre exercice de mathématiques appliquées. Les agents de la force verte en retiennent pourtant l’idée que, faute de mieux, l’empreinte écologique rendrait visible la surexploitation industrielle de nos campagnes, ici rebaptisés écosystèmes pour faire plus joli. De toutes façons, le calcul rabâche toujours que la planète ne constitue finalement qu’une ressource, et une ressource, évidemment, on l’exploite. Simplement, «nous» ne le ferions pas de manière raisonnable. de l’empreinte écologique. En se référant à des surfaces supposées être

En protestant contre une exploitation incontrôlée, une surexploitation de la terre, les tenants de l’empreinte écologique réussissent ainsi un premier petit tour de passe-passe en cachant que le capitalisme est essentiellement un mode d’appropriation insupportable. Les commerçants du WWF insistent d’ailleurs sur la finitude du monde pour en contrôler une meilleure vente puisque nous ne «possédons» pas les 3,2 planètes nécessaires pour continuer une telle surexploitation6. Qu’on ne s’y trompe pas! Ni écolo-simplets, ni pathologiquement sceptiques, nombre de ceux qui luttent en écologisme veulent aussi combattre le capitalisme et pas seulement les débordements effarants du système marchand. Mais la lutte écologiste n’a jamais été fondamentalement anti capitaliste. L’écologisme constitue d’abord un couvert qui dissimule les errances de la marchandisation du vieux monde. Ceci n’empêche rien de l’intérêt de la résistance.

Le second non-dit de la mesure de l’empreinte est le postulat de la socio-équivalence de l’exploitation. En tant que consommateur, le prolétaire exercerait une empreinte équivalente à un patron. Le conflit social est évacué au profit d’un simple souci d’économiser le monde7. Il n’est alors pas étonnant que l’économie devienne la loi la plus sacrée de l’écologie et même du vieux monde qui poursuit ainsi son pseudo-développement. Ce n’est plus les exploiteurs qui ont engagé une guerre tyrannique en nous exploitant mais l’«humanité entière» qui exerce une pression consumériste contre son propre monde. Comme dans un système religieux, l’économie de la fin du monde organise une individualisation de la faute. Ici, les humains du nord plus «riches» (d’objets pauvres) sont plus vilains que les humains du sud (plus pauvres d’une agriculture vivrière). Si chacun trie bien sa petite poubelle, la planète serait sauvée.

Il est, bien sûr, vrai que le capitalisme fait déborder ses déchets, ce qui est bien dommage pour les bourgeois puisque l’écrémage des détritus permettrait de relancer une économie nouvelle, la marchandisation des ordures. Mais les déchets inondent décidemment beaucoup trop dans notre vie quotidienne. Aussi, les tenants de l’empreinte entament-ils une troisième oraison secrète, la culpabilisation individuelle. L’objectif est ici d’organiser une soumission intériorisée limitant l’usage de la police aux plus rétifs à la pauvreté monastique. Chacun devrait réduire son empreinte écologique en consommant «mieux», c’est à dire en usant de produits estampillés écologiquement «marchandables». Notons que, en sollicitant un certain dénuement volontaire, l’empreinte écologique relève tout de même l’inutilité pratique de nombre d’objets manufacturés. Mais là n’est pas son objectif primitif. Il s’agit bien davantage d’obtenir l’adhésion des exploités à ce mode d’exploitation. Car en définitive, les écolo-marchands prônent bien un système de régulation par le marché lui-même, les consommateurs «pratiquant» la rationalisation des échanges économiques selon les pseudo lois d’offre et demande. Ou bien, pour le dire plus clairement, l’empreinte sollicite un capitalisme plus consensuel. C’est pourquoi il ne faudrait ni que les pauvres soient trop visibles, ni que les réticences au processus de régulation ne parlent trop fort.

Voilà donc que s’organise aussi la grande confiscation de la parole. Seule les mots écolo-sacrés ont le droit de cité. On distribue même gratuitement des films bibliques comme «une vérité qui dérange» ou encore «home». L’écologiquement correct est devenu la règle du capitalisme. Et puis, même la misère devient moins forte : en proposant le rationnement volontaire, chacun peut expliquer aux pauvres combien cette « richesse » (pourtant tant vantée pendant des décennies) est une mauvaise fortune. La pauvreté résolue des pauvres devient une norme bien-pensante. De toutes façons, la police va veiller à parfaire ce nouveau paradigme. L’état devient le grand Ubu qui serait capable de faire plier l’organisation marchande vers un monde écologiquement vendable. Le «citoyen» de base est réclamé pour participer à cette œuvre peu banale de délation de son prochain, chacun étant sollicité pour devenir auxiliaire de la police écologique.

Car oyez, oyez, bonne gens ! Vous devez vénérer la religion verte puisque vous êtes aussi coupables de la gabegie planétaire. Et pour éveiller «vos consciences», on peut craindre qu’on envoie la nouvelle police verte. Munie d’un dépliant pédagogique, elle expliquerait aux prolétaires que le volume de leurs déchets les condamne à payer davantage encore de leur personne. «C’est l’Etat, c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée»8. Si l’écologisme demande encore de l’état, toujours plus de police et d’état, ce n’est que pour protéger les cabrioles de la marchandise. Plus que jamais, le capitalisme reste un vulgaire mode d’exploitation des êtres humains. C’est cela la réalité de son empreinte.

Les prolétaires ne se laisseront pas aller sans résistances ni révoltes à cette misère écolo-marchande. Rien n’est devenu aussi visible que l’exploitation quotidienne. Les pseudo alternatives économiques dévoilent de plus en plus l’indigence de leurs principes. « Quel que soit le nom que prend le gouvernement, quelles que soient son origine et son organisation, son rôle essentiel est partout et toujours d’opprimer et d’exploiter, et de défendre les oppresseurs et les exploiteurs » rappelait Malatesta. Si l’espoir reste une catégorie électorale malveillante, la validité marchande de l’écologisme ne possède aussi qu’une durée commerciale limitée. Et voilà, la date de péremption des exploiteurs s’approche.

Fabien Bon (faucheur volontaire) & Thierry Lodé (professeur d’écologie évolutive)

1. Elu en 2009 vice-Président de la commission agricole au parlement Européen.

2. ou « Ecological footprints »

3. Rees W.E. 1992. Ecological footprints and appropriated carrying capacity: what urban economics leaves out. Environment and Urbanisation 4 (2): 121–130.

4. Wackernagel, M. & W. Rees. 1996. Our Ecological Footprint: Reducing Human Impact on the Earth. New Society Publishers.

5. Grazi, JC, JM van den Bergh and P. Rietveld 2007. Welfare economics versus ecological footprint: modeling agglomeration, externalities and trade. Environmental and Resource Economics 38(1): 135-153 ou encore Fiala, N. 2008. “Measuring sustainability: Why the ecological footprint is bad economics and bad environmental science”. Ecological Economics 67 (4): 519–525

6. Ces marchands de la nature, le WWF, proposent d’ailleurs une individualisation du calcul de votre empreinte avant de vous inviter à racheter votre bonne conduite en consommant chez eux.

7. « Pour produire nos conditions d’existence, nous devons de toute urgence nous comporter en copropriétaires responsables. Nous redonnerons alors à l’économie son premier sens, celui du verbe ” économiser ” » ose énoncer Bernard Perret dans Le capitalisme est-il durable

8. Bakounine M 1867. Fédéralisme, socialisme et antithéologisme.