La science se fait la pelle

Article de Libération..

Que ce soit sous le gui, au lit ou dans un cagibi, pourquoi cette envie de s’embrasser ? La question taraude les philamatologues.

C’est rituel, on s’est embrassé sous le gui le 31. Pas furtivement du bout des lèvres en pensant à autre chose, non, on s’est roulé des pelles. De vraies galoches. On a mis en œuvre 29 muscles (dont 17 pour la langue), produit 9 milligrammes d’eau au goût sucré, salé, voire alcoolisé. Etait-il fougueux ou langoureux ce baiser ? Etait-il cinématographique façon Bogart-Bacall, ou politique comme l’historique patin Brejnev-Honecker ? Qu’importe.

Bonobos. La vraie question, la seule, est la suivante : pourquoi nous, les humains, nous adonnons-nous à ce bouche-à-bouche que seuls nos proches cousins les chimpanzés et les bonobos pratiquent à l’occasion ? Serait-ce là l’une de nos distinctions ? L’affaire, en tout cas, obsède les scientifiques. Total, les études s’empilent à la pelle, faisant progresser à grands pas la philamatologie : la science du baiser.

On laissera de côté les trouble-fête qui ont cru bon de nous informer voilà une dizaine d’années qu’un baiser se résume à un troc de quelque 40 000 germes. Quand il ne provoque pas des crises chez les embrasseurs allergiques aux noix et à l’arachide qui auraient eu la mauvaise idée d’échanger leur salive avec une personne venant de consommer lesdits fruits. Venons-en au bon côté de la science. Le palot permettrait d’être plus beau, prêchent certains. Il serait bon pour la ligne : un mouliné de la langue d’une minute permettrait de s’alléger de 2 à 3 calories. Il ferait aussi office de lifting du visage, vu le nombre de muscles activés.

Chocolat. Plus sérieusement, les biologistes ont montré qu’embrasser a pour effet d’augmenter notre fabrication d’ocytocine (l’hormone de liaison également appelée hormone de l’amour) et faire baisser notre taux de cortisol (l’hormone du stress). Des chercheurs britanniques ont d’ailleurs souligné qu’en termes de baisse du stress, un baiser fougueux et passionné équivalait à l’ingestion d’une tablette de chocolat. On en déduit que la totale zénitude doit pouvoir être atteinte avec un baiser chocolaté. En outre un baiser provoquerait (du moins quand on l’apprécie) une libération de dopamine impliquée dans le désir et le plaisir : de quoi favoriser le passage au lit. Plus fort encore, un contact labial, incluant une dose de salive, permettrait d’explorer le système immunitaire de l’élu de sa bouche. Une façon implacable de plaquer d’emblée les souffreteux ? Pas du tout. Il s’agit plutôt de se refuser, selon le biologiste français Thierry Lodé, à une personne qui aurait une trop grande parenté génétique. Même les souris (et les mammifères en général) pratiquent l’échange de fluides intimes (particulièrement la salive) à cette fin, c’est dire.

Enfin, début octobre, deux chercheurs du département de psychologie expérimentale de l’université d’Oxford, en Grande-Bretagne, ont encore fait progresser la philamatologie en publiant dans la revue Archives of Sexual Behaviour et Human Nature les fruits d’une enquête conduite sur 308 hommes et 594 femmes de 18 à 63 ans. Principale information : les femmes considèrent (en moyenne) le baiser comme un acte plus important que les hommes. Explication des chercheurs : les femmes, nettement plus impliquées dans la fabrication des enfants, sont plus exigeantes sur leurs choix de partenaires. Une façon de confirmer que le baiser serait une façon de «mieux» choisir son amant. Autre fait d’intérêt, la réaction des femmes au french kissing dépendrait de leur cycle menstruel. Elles seraient plus réceptives au début d’une relation lorsqu’elles sont en phase de conception possible. Pas très romantique.

Marie-Joëlle GROS et Catherine MALLAVAL

Thierry Lodé: L’évolution animale

Retrouvez ici l’interview donnée au magazine suisse MM du 21 octobre dernier (http://www.migrosmagazine.ch/societe/entretien/article/thierry-lode-l-evolution-animale) .

Gros plan de Thierry Lodé, avec un tableau et une formule mathématique en arrière-plan

L’évolution des animaux est une drôle d’histoire! Faite de tromperies, de tricheries et de belles rencontres aussi. Entretien avec Thierry Lodé, biologiste.

Vous dites que les théories de Darwin sont dépassées. Mais quel est le principal moteur de l’évolution, si ce n’est ni la sélection naturelle ni la transmission des «bons gènes»?

La théorie de Darwin n’est pas à jeter aux oubliettes, mais à rénover! L’évolution n’a pu commencer que parce que des cellules ont établi des relations entre elles. A l’origine des êtres vivants, chaque cellule a dû développer, pour survivre, une sensibilité au monde extérieur. Cela a permis de déclencher des réactions d’échange d’ ADN. ces cellules se mangeaient de l’ADN les unes les autres, à un moment donné, tout a changé: l’ADN a commencé à s’exprimer lors d’un échange, et en s’exprimant, cela a renouvelé complètement le métabolisme de la cellule. Cette première découverte a permis aux cellules de réaliser que l’échange pouvait avoir un rôle plus intéressant que la destruction réciproque. Ainsi est née la sexualité!

La sexualité serait le moteur de l’évolution?

Oui, c’est ce que j’ai appelé la théorie des bulles libertines. Mais elle ne concerne que les eucaryotes (ndlr: protozoaires, champignons, plantes, animaux, humains) et non les bactéries puisque celles-ci n’ont jamais accédé à la sexualité.

Les bactéries ne connaissent rien du sexe, dites-vous. Mais pourtant, elles se portent très bien et évoluent quand même…

Oui, elles sont capables d’évoluer sans utiliser la reproduction. Elles peuvent s’échanger un petit peu d’ADN, en fonction de la durée du contact. L’une aspire l’ADN de l’autre, souvent morte d’ailleurs… Mais il n’y a pas de mécanisme sexuel, l’échange n’est jamais total.

Autrement dit, la sexualité est un moteur important de l’évolution, mais pas le seul…

Oui, c’est paradoxal. Le darwinisme a mis en avant la reproduction des êtres, pour expliquer les lentes variations qui ont conduit à produire les différentes espèces. Avec cette idée, qui reste vraie d’ailleurs, que la sélection naturelle va laisser survivre ceux qui sont porteurs des variations les plus favorables. En revanche, dans l’esprit du néodarwinisme, l’hypothèse que les êtres vivants ne sont présents sur la planète que pour laisser leurs gènes me semble peu convaincante. Pourquoi? Parce que

la sexualité est la méthode évolutive la moins efficace qui soit, puisqu’on ne peut donner que la moitié de ses gènes et qu’il faut trouver un partenaire consentant.

Alors, comment expliquer que la sexualité n’ait pas disparu?

Parce que, en inventant ce premier lien entre les cellules, les eucaryotes se sont obligés à avoir des relations. Sans relation, pas de copulation, pas de reproduction. Ça change tout! L’objectif du vivant n’est pas la reproduction, mais la relation.

Dans son dernier ouvrage «Pourquoi les animaux trichent et se trompent. Les infidélités de l’évolution», (Ed. Odile Jacob, 2013), Thierry Lodé démontre une nouvelle fois que la dynamique de la vie ne suit pas une ligne droite. Mais foisonne au gré des rencontres parfois improbables. Darwin n’a qu’à bien se tenir!

Pourtant les animaux vivent des amours insolites, se trompent, se quittent eux aussi. Que faut-il en déduire?

La tromperie, le fait de se quitter font partie des essais, parce que ce qui compte, encore une fois, c’est la relation. C’est elle qui va décider si l’on divorce ou non, pas la reproduction. C’est vrai chez les humains, pareil chez les marmottes ou les oiseaux, que l’on a longtemps pris pour des espèces monogames, alors que ce n’est pas vrai du tout. On peut même se tromper d’espèce! C’est le cas des fouines et des martres, par exemple, qui se reproduisent entre elles, créant ainsi des hybrides. Comme si, au lieu de chercher dans l’autre quelque chose qui soit notre semblable, on cherchait parfois quelque chose qui soit différent…

Si toutes les stratégies sont dans la nature, quelle est la moins efficace?

L’égoïsme! Cette idée d’égoïsme fondamental, prônée par Richard Dawkins, (suivez-le en anglais sur Twitter!) et qui n’a jamais été prouvée d’ailleurs, ne peut pas exister.

Si on ne pense qu’à soi, le monde naturel s’effrite. On a besoin des autres, l’espèce humaine est née de cette interaction.

D’ailleurs, les dinosaures ont disparu non pas à cause de la comète, même si elle a joué un rôle important, mais parce que le château de cartes fondé sur les interrelations entre les espèces s’est effondré.

Pourtant la concurrence reste une stratégie très utilisée chez les animaux comme chez les Hommes d’ailleurs…

Oui, mais elle n’est pas le moteur de l’évolution, elle n’est qu’une interrelation parmi d’autres. D’ailleurs, toutes les interrelations sont ambivalentes. Quand un putois tue un lapin, on pourrait parler d’un échec de la relation, en particulier pour la proie. Mais les putois tuent les lapins à un moment très précis: en été, au moment du pic de la myxomatose. En éliminant les individus contaminés, le putois limite l’extension de la maladie, et cette action empêche finalement la disparition des lapins. Cette relation, a priori négative, a finalement son bon côté.

Thierry Lodé lors de l'entretien.

Vous dites que la coopération est aussi un facteur d’évolution. Un exemple?

L’entraide est une notion d’échange, mais je préfère le mot de compensation. Prenez les chimpanzés, qui peuvent avoir un comportement très violent. Il existe parmi eux un groupe de singes aux bras atrophiés. Ceux-ci ont développé la capacité de se gratter avec un bâton, compétence qu’ils ont même transmise aux autres. D’après la loi de la sélection naturelle, ils auraient dû être réduits à néant. Or si ces animaux handicapés sont capables de vivre dans leurs groupes sociaux, c’est la preuve que des mécanismes de compensation existent.

Mais comment expliquer alors le comportement de la femelle criquet qui dévore les ailes du mâle ou le cannibalisme des araignées?

Même si l’entraide est importante, chaque interaction reste ambivalente. Et les mécanismes de compensation mettent du temps à s’installer. Le processus de la sexualité a conduit à des spécialisations à outrance, qui amènent des divergences d’intérêt. Le comportement de la femelle criquet est l’expression du conflit des sexes, mais qui va être résolu chez certaines espèces de criquets moins primitives: le mâle offre un cadeau à la femelle, des boulettes de protéines, pour ne pas se faire manger les ailes.

Evidemment, il y a toujours des brutaux, comme le canard ou l’éléphant de mer qui pratiquent couramment le viol.

Et 30% des mantes religieuses qui décapitent encore le mâle. Mais ça évolue. L’équilibre, qui est la tendance naturelle de la vie, se construit et conduit les êtres vivants à se réconcilier!

La nature n’a donc rien à voir avec la morale…

Exactement. Il faut arrêter de copier sur elle ou de s’en servir pour fonder la morale humaine.

Ceux qui disent que l’homosexualité n’existe pas dans la nature, se trompent complètement.

Les relations entre les êtres vivants sont multiples! L’évolution est juste une histoire, composée d’épisodes uniques ou répétitifs, de sexualité et de non-sexualité. Il n’y a pas de morale dans la nature, mais nous sommes les uns et les autres en équilibre nécessaire.

Il n’y a donc pas de progrès dans l’évolution?

On pourrait considérer que l’œil humain s’est beaucoup amélioré au cours de l’évolution. Dans la réalité, cela n’a aucun sens. L’escargot vit à côté de nous, ses yeux sont de vulgaires ocelles uniquement sensibles à la lumière, mais il vit tout aussi bien. Le moins que l’on puisse dire est que nos braves escargots de Bourgogne ont une capacité de survie et de résistance égale à la nôtre! Il n’y a pas d’amélioration, mais juste des procédures organiques qui se modifient.

L’idée du progrès est totalement anthropocentrique, comme si l’homme était au sommet de la pyramide!

Mais non, nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres et nous avons besoin des autres espèces. Cela dit, il est vrai que je préfère être un humain plutôt qu’un escargot, mais ce n’est finalement qu’une question de point de vue.

Pourquoi les animaux trichent et se trompent

Retrouvez la vidéo de mon intervention du 22 octobre à l’espace des sciences à rennes : http://www.espace-sciences.org/conferences/mardis-de-l-espace-des-sciences/pourquoi-les-animaux-trichent-et-se-trompent

Pourquoi les animaux trichent et se trompent. Les Infidélités de l’évolution

Pourquoi les animaux trichent et se trompentMon nouveau livre, sorti aujourd’hui aux éditions Odile Jacob.

" Pourquoi les animaux trichent et se trompent. Les Infidélités de l’évolution "

Chez les animaux aussi, les histoires d’amour sont faites d’aventures, de caprices, de tromperies, de jalousies et de séparations.

On imagine souvent l’ensemble des êtres vivants bien en ordre d’évolution, avec pour seul souci de laisser le plus possible de leurs gènes à leur descendance. Pourtant, des poulpes aux perroquets, des amibes aux colobes, de quelque côté qu’on se tourne, l’évolution ne semble jamais distinguer les meilleurs, et les méprises sont légion.

Et si le sexe était ce qui, dans l’histoire du vivant, favorise les rencontres improbables, les rapprochements inattendus, les détours imprévus et même les relations hybrides ? Et si, loin de l’image linéaire qu’on en a le plus souvent, c’était précisément cela, la dynamique de la vie ?

Thierry Lodé est biologiste et spécialiste de la sexualité des animaux. Professeur en écologie évolutive à l’université d’Angers, il dirige actuellement des recherches à l’université de Rennes-I. Il est notamment l’auteur de La Guerre des sexes chez les animaux et de La Biodiversité amoureuse.

Meurtre de Clément Méric : « Honte à ceux qui prétendent que les extrêmes se valent »

Tribune publiée aujourd’hui dans le magazine "Politis".

« Combien de propos insultant la résistance antifasciste allons-nous supporter ? » Une tribune de Thierry Lodé.

« Clément venait d’être massacré quand certains ont ouvert leurs commentaires. Il y a eu bien sûr la parole des professionnels de la confusion et autres condisciples réactionnaires qui se repaissent de toutes ces paraphrases ignobles que certains sites web leur permettent d’étaler. Honte à ceux qui laissent s’implanter la haine tranquille.

Il n’y a aucun doute. C’est bien parce qu’il était militant antifasciste que Clément Méric a été tué.

Alors, combien de propos insultant la résistance antifasciste allons-nous supporter ? Quels sont ces travestissements iniques qui passent encore par les écrits ou par les ondes ?

Et quels sont ceux qui, professionnels de l’information, peuvent être fiers des fausses questions qui ont été posées ? Je ne sais pas ce que les analyses racontent, mais je sais qui devrait avoir honte, qui a la mémoire si courte, si rétrécie.

Honte à ceux qui ont laissé faire cela

Honte à ceux qui, associant nazillons et antifascistes dans un même opprobre ont osé parler d’une rixe entre extrême-droite et extrême-gauche comme si cela les exonérait de réfléchir. Honte à tous ceux-là qui ont prétendu que les extrêmes se valent, ceux-là qui ont cru bon de jeter aux oubliettes des décennies de lutte antifasciste, ceux-là ont oublié les assassinés des nazillons, les récidives des crânes rasés. Mais combien de crimes faut-il pour ouvrir les yeux ? La haine des fachos tue sans cesse et sans honte. Honte à vous qui avez laissé faire, laissé dire que les nationalistes, les fachos de tout poil avaient le droit de nous empester.

Tu me connais, facho, tu m’as promis le sang. Tu me connais FJN, Troisième voie, Œuvre Française, Printemps Français, Civitas. Certains des tiens s’inspirent de la même couleur brune à peine délavée par les vilenies et les mêmes saluts pestilentiels d’autrefois. Ils se délectent à longueur de journées des vidéos les plus monstrueuses de la Seconde Guerre, des images les plus horribles des camps d’extermination, des grands-messes nazies, et ne savent déchiffrer que les écrits de pervers de la raison comme Arthème Fayard, Charles Mauras et Brasillach. Honte à ceux qui ont laissé faire cela.

Toulouse, jeudi 6 juin 2013.

Toulouse, jeudi 6 juin 2013.

AFP PHOTO / PASCAL PAVANI

Clément venait à peine de sombrer dans un coma inéluctable que certains ont disculpé pêle-mêle le Front National, les réactionnaires de la droite décomplexée, la Manif anti-égalité du mariage et les petites phrases répétées jour après jour. Honte à vous, qui, en dépit de mille reportages, de mille avertissements, prétendent encore que les nazillons et leurs zélateurs n’accompagnent pas systématiquement les idées du parti des Le Pen. Ce n’est pas une porosité inconnue. Oui, les fachos font le coup de poing pour ces partis représentés. Oui, il y a des nostalgiques de Pétain, de Mussolini ou de l’OAS dans ce parti officiel. Honte à ceux qui ont laissé faire cela.

 

L’auteur:

Thierry Lodé est professeur d’université à Angers et Rennes 1 en « écologie évolutive ». Il est auteur de plusieuirs livres dont « la guerre des sexes » et « la biodiversité amoureuse », chez Odile Jacob.

Clément ne respirait déjà plus que certains persistaient à s’interroger publiquement sur qui avait commencé. Je peux le révéler. C’est Missak Manouchian, c’est Buenaventura Durruti, c’est Enrique Perez-Faras, c’est Erich Mühsam, c’est Pierre Brossolette qui ont commencé la résistance antifasciste, avec des armes, avec des mots, avec des cœurs. Ceux-là n’ont pas accepté que les immondes zélateurs du boucher Mussolini, que les abjects nostalgiques de Pétain, que les méprisables chagrinés du Caudillo et autres ignobles petits colonels à moustache installent leur dictature. Ceux-là ont porté la lutte pour la liberté et l’émancipation des humains, ceux-là sont morts déportés, fusillés, torturés.

La France s’est construite contre les fachos

Le corps de Clément n’était pas encore froid que certains maintenaient encore que la glose des réactionnaires ne constituait finalement pas un problème pour des thèmes de débats. Honte à tous ceux-là qui laissent dire les diffamations racistes, les calomnies contre la résistance et qui laissent faire les ségrégations, qui encouragent les exclusions et tout ce qui ouvre la porte des fachos. Honte à ceux qui ont laissé faire, laissé dire « le bruit et l’odeur », « le karcher », « le pain au chocolat » et de pires obscénités encore. Honte à ceux qui ont laissé faire cela. La France, comme d’autres Pays, s’est construite contre les fachos, contre les nazis, mais c’est aussi ici qu’ont été développées les plus grandes idées humanistes. Non, les fachos ne passeront pas ici.

Ceux qui ont entamé la résistance difficile contre les idées des nazillons et autres diminués du bulbe le savent pertinemment. Une ambiance réactionnaire imprègne certains plans de notre société, une sorte de culture fasciste gangrène des parts entières de notre vie et insinue progressivement dans les esprits faibles la vilénie de ses confusions. Honte à ceux qui ont laissé faire cela.

Mourir un 5 juin. La météo a été un sujet de préoccupation constant ces derniers jours où chaque journal titrait presque quotidiennement sur la recherche du printemps. Je pense à toi, Clément, à tous les antifascistes du monde. Oui, il a fait froid en France, un froid de facho, un temps de nazi.

Honte à ceux qui ont laissé faire cela. No Pasaran. »

Exposition Bêtes de sexe

Interview du site lerideau.fr.

Thierry Lodé, Bêtes de sexe

Titres non retenus : « La « synthèse évolutive moderne » est actuellement bien branlante », « Les canaris sont capables d’avoir des orgasmes à n’en plus finir », »Pourquoi est ce que la sexualité est apparue un jour ? »

À l’occasion de l’exposition Bêtes de sexe au Palais de la Découverte, nous avons interrogé Thierry Lodé, biologiste, professeur en écologie évolutive et spécialiste de la sexualité chez les animaux, en vue de nous éclairer sur les dessous de l’exposition. Décryptage.

Le Rideau : pourquoi dit-on que la sexualité reste le plus grand problème de la biologie de l’évolution ?

Thierry Lodé : C’est un projet majeur parce que la sexualité complique terriblement les mécanismes reproducteurs ! Normalement, on pourrait très bien se reproduire sans sexualité, de nombreuses espèces le font, comme les vers. Et puis l’évolution a inventé ce dispositif au cours du temps, à savoir, partager en deux les cellules, supprimer de l’ADN…Tout cela, pour arriver, au final, à un résultat simple : avoir des descendants. La question évolutive qui se pose donc, c’est « Pourquoi est ce que la sexualité est apparue un jour » ?

Alors comment peut-on définir la sexualité ?

Le fait est que, pour l’instant, la question n’a pas été résolue ! Et c’est le principal reproche qu’on nous adresse : « Vous nous parlez de quelque chose de très compliqué et vous ne savez même pas nous dire d’où cela vient ! » Selon moi, pour comprendre le sens de la sexualité, il faut chercher aux origines et comprendre d’où vient le sexe. C’est pourquoi on en reste à chercher les avantages de cette sexualité pour pouvoir l’expliquer.

Bêtes de sexe

Dans ce cas, faites-nous partager votre théorie : d’où vient le sexe ?

Pour moi, c’est une théorie un peu révolutionnaire qui consiste à dire que le sexe s’est formé par petites étapes, et que ce n’était pas prévu du tout au départ ! Toutes les cellules qui sont composées de noyaux (plantes, animaux…) procèdent en fait, dès le début, à un réel échange d’ADN, puis sont capables de le réduire. Cette richesse d’ADN va leur donner une capacité à modifier leurs protéines, ce qui va leur permettre de trouver de nouvelles sources de nourritures et de changer leur manière d’être dans l’environnement. Tout va s’additionner, pour fabriquer peu à peu des êtres sexués.

Quels sont les avantages du sexe alors ?

Les biologistes cherchent à savoir quels en sont les avantages, mais ils n’y arrivent pas. Il y a eu beaucoup de publications qui ont montré que grâce au sexe, il y avait plus de variation de l’ADN et que l’on avait une meilleure résistance. En parallèle, il y a plein d’autres scientifiques qui démontrent que cela ne marche pas.

Selon moi, ce n’est pas un avantage à long terme, c’est une espèce d’obligation depuis qu’on est doté d’organes sexuels : on a inventé le sexe et il faut donc faire avec. Cela n’offre finalement pas plus d’avantages, par contre, comme cela peut en offrir dans certains cas, on continue quand même à le pratiquer. En revanche, cela conduit à plein de problèmes, dont la guerre des sexes ! La sexualité n’est pas une solution à la reproduction, elle en est au contraire une complication !

Selon vous, la sexualité est-elle le critère principal pour expliquer le comportement des animaux?

En grande partie ! C’est même fondamental. On voit que 95% des espèces utilisent le sexe et passent énormément de temps à en faire ! Tout s’est organisé autour de cette capacité à rencontrer les autres, échanger les ADN et à produire des descendants. Toutefois, la sexualité n’a pas de rapport forcé avec la reproduction. Des espèces peuvent très bien produire des descendants sans y avoir recours (les paramécies, vers). Parallèlement, d’autres sont capables de faire du sexe sans avoir de descendants. C’est petit à petit que les deux choses se sont mises ensemble, parce que finalement, ça s’est avéré comme cela, par hasard.

Quels points communs y a-t-il entre la sexualité humaine et animale ?

L’énorme chose, c’est qu’il faut tomber amoureux pour faire du sexe ! Du moins, être gouverné par toute une série de processus émotifs, qui vont nous conduire, pas à pas, à être ensemble. Et cela nécessite un consentement : c’est le problème majeur. Les deux individus vont être séparés, il y a un sexe fécondé et un fécondant. Mais pour se rencontrer, il va falloir que les deux soient d’accord. L’évolution a été confrontée à ce problème : comment fait-on pour se mettre d’accord ? C’est de là que viennent toutes les parades sexuelles, les mots d’amour, les troubadours de la nature (ce que l’on voit dans cette exposition). Tous les sens sont mis à contribution ! Tout est en jeu ; les couleurs, les odeurs, les comportements, les mouvements. C’est une débauche de moyens pour pratiquer cette activité émotionnelle, qui bouleverse et qui n’a pas de sens. La relation amoureuse et la relation plus bestiale n’existent pas l’une sans l’autre.

Bêtes de sexes, exposition, palais de la découverte

Il y a donc aussi des sentiments chez les animaux ?

Bien entendu ! Aussi bien ce côté amour que ce côté plaisir. Par exemple, les canaris sont capables d’avoir des orgasmes à n’en plus finir. Il y a une espèce qui peut atteindre jusqu’à 380 orgasmes en une journée ! Donc il y a bien cette recherche de plaisir, que l’on retrouve dans les masturbations de nombreuses espèces, telles que les fellations que pratiquent les grands singes ou les chauves-souris. Derrière tout cela, il y a toute une question émotionnelle qui est présente, notamment, ce qu’on va faire pour rester ensemble, pendant combien de temps, comment va-t-on réussir à se gouverner l’un l’autre. On se rend compte qu’une chose va être essentielle, c’est que le délire amoureux va être gouverné par une chose toute simple, que l’autre soit différent.

C’est donc la diversité que l’on recherche dans la sexualité?

En effet ! Chaque individu va avoir comme amoureux celui qui est différend de lui. On est attiré par un système immunitaire autre que le nôtre. Il y a deux conséquences à cela : d’abord, on fabrique de la diversité du point de vue génétique. Enfin, cela implique que si l’on rencontre une autre personne différente de nous, on sera comme tenté de reproduire l’expérience avec elle. Fidèle ou non ! On peut, comme le castor ou l’albatros, rester longtemps avec la même partenaire quand on est investi dans une relation. Ou bien décider d’aller tenter l’expérience ailleurs !

Ce qui pose donc la question de la monogamie. Une des questions qui est posée aux visiteurs à la fin de l’exposition, c’est  : « Les humains doivent-ils être monogames »…

C’est pour cela que la monogamie est comme un bouleversement, une anomalie, une exception de la nature ! Car à priori, on pourrait tous chercher des partenaires différents. Cette monogamie est souvent contrainte par l’environnement. Celle des manchots par exemple, avait été parfaitement décrite dans le film La Marche de l’Empereur, où l’on voit bien que si l’un des deux partenaires ne fait pas son travail,  l’oisillon est sûr de mourir. On appelle cela la théorie de la destruction mutuelle assurée. On est monogame, si on est certain qu’on ne peut pas faire autrement. Grossièrement, toutes les espèces sont polygames !

Même pour l’Homme ?

Oui. Il n’y a qu’à regarder le nombre croissant de divorces ! On fait des essais, des erreurs. Après, il ne faut pas faire de généralité absolue. Ce n’est pas parce que certaines espèces sont polygames que toutes les autres changent de partenaires, non. En moyenne, une grande majorité l’est, que ce soit du côté animal ou des humains.

À la fin de cette exposition, l’idée qui ressort c’est que chez les hommes, on cherche avant tout à se reproduire. L’objectif étant le sexe. L’amour serait donc réduit à une  façon parmi tant d’autres pour y parvenir…

C’est un point avec lequel je suis en désaccord total avec l’exposition comme avec beaucoup de chercheurs néo-darwiniens qui parlent de la « synthèse évolutive moderne », qui est actuellement bien branlante ! Pour beaucoup, c’est la théorie dominante selon laquelle, nous serions sur cette planète pour laisser nos gènes. Les êtres vivants n’ayant donc pas grand intérêt, puisqu’ils seraient des « machines à se reproduire ».

Ce qui, selon moi, est totalement faux. D’abord, parce qu’en observant l’évolution, on se rend compte que plus on avance, moins les espèces se reproduisent (paradoxe de Cole). C’est donc bizarre qu’une espèce désireuse de laisser ses gênes fasse peu de descendants. Deuxièmement, on a des espèces suicidaires, pensez au saumon pacifique qui se reproduit une fois dans sa vie et meurt ensuite, comme les mâles de fourmis. Enfin, c’est la mort. Il y a longtemps que génétiquement on devrait avoir acquis la capacité à vivre plus longtemps (si l’on désire avant tout laisser le maximum de descendants !). Or on vit plus vieux, principalement grâce à une meilleure hygiène et une médecine pour soigner. Aucune espèce n’a acquis cela. Même en prenant certains poissons qui vivent 400 ans, à l’échelle de l’évolution, ce n’est rien !

L’amour n’est donc pas une donnée à négliger, de même que laisser ses gênes n’est pas une loi évolutive primordiale?

Si on pratique du sexe au départ, ce n’est pas pour faire des enfants. C’est parce que l’on rencontre un individu qui va nous bouleverser, parce que son système immunitaire est différent. Puis cela va entrainer, petit à petit, un bouleversement du cerveau (Amour) et ce n’est qu’après, que l’on va penser à avoir une descendance.

Il faut du temps, un consentement, un processus. Je crois que l’on est plus attaché à la survie des individus qu’à la préservation des gênes, comme le montrent les mères kangourous, qui, lorsqu’elles sont pourchassées par des prédateurs et si leur petit les retarde, s’en débarrassent pour se sauver.

Bêtes de sexes, exposition, palais de la découverte

Pour vous la sexualité chez l’homme est plus complexe que chez celle des animaux ?

C’est un peu plus complexe dans la relation de consentement. C’est parce que l’on a un degré de complexité dans nos relations qui est plus grande et que la culture, par exemple, entre en jeu.

Après, la sexualité se ressemble des deux côtés. Comme chez les animaux il y a des homosexuels, des viols, des pervers, des conflits… Il n’y a pas une stratégie qui est meilleure que l’autre, elles sont simplement différentes. C’est le système de l’évolution qui conduit à produire de la différence.

Quel est le problème avec la théorie des darwinistes ?

C’est de dire, grossièrement, que l’on cherche à produire les meilleurs gènes, que se sont les individus les plus forts qui se reproduisent. Or, si c’était vrai, il y a bien longtemps qu’on serait tous pareils et que la diversité génétique n’existerait plus.

Si, par exemple, on cherchait à faire comme le paon, toutes les femelles seraient attirées par le même mâle, on serait alors depuis longtemps tous les enfants des plus beaux.

En revanche, cela aurait eu pour conséquence, puisque c’est un tri, de réduire la quantité de gènes. C’est là que réside le problème de la théorie de « la sélection naturelle ». Alors qu’avec les nouvelles théories évolutives, tout le monde est le partenaire de quelqu’un d’autre, simplement parce qu’il est différent.

Dans la réalité, ce qui compte, ce n’est pas la séparation, c’est la relation. C’est ce qu’on souligne avec cette « écologie évolutive ». C’est cela que le sexe met en exergue, qui montre que tout est question de coévolution.

Quel est le message de l’exposition Bêtes de sexe, qu’est-ce qu’elle veut mettre en avant ?

Ce qu’elle met en évidence, c’est qu’en biologie, toutes les conduites sexuelles sont possibles, il n’y a pas de normes. La norme, le normal et l’anormal n’existent pas. La plus grande diversité est présente. C’est grâce à cette dernière que l’on va réinventer la diversité et que la vie est possible sur la planète.

 

Résultats des questions posées à la fin de l’exposition mai 2013

 

-       Croyiez-vous à l’amour vrai ?

Oui : 68012

Non : 33462

Peut-être : 40755

-       Les humains doivent-ils être monogames?

Oui : 51659

Non : 39512

Parfois : 51747

-       À quoi sert le sexe ?

Procréer : 40727

À se distraire : 34080

À l’intimité : 39180

-       L’amour sans sexe vaut-il mieux que le sexe sans amour ?

Oui : 37773

Non 40944

Je ne sais pas : 38992

 Thierry Lodé, Bêtes de sexe

Interprétation du spécialiste :

La thématique émotionnelle prend parfois le pas, et je crois que c’est ce qui explique en grande partie le côté moral dans ces réponses, comme le fait que le sexe sert en majorité à la procréation. Et si cela ne servait qu’à cela, pourquoi existerait l’amour, les émotions ? On voit bien que l’amour a besoin du sexe et que le sexe a besoin d’amour. Les deux sont étroitement liés, même si l’on peut le pratiquer séparément ! Cependant, on a souvent tendance à penser que les animaux vont pratiquer du sexe bestial, or, hormis quelques canards malveillants, c’est bien loin d’être le cas !

 

Exploits et anecdotes :

 

Les coraux de la Grande barrière pondent au même moment, donnant lieu au plus grand acte de reproduction collective de la planète.

Les pingouins mâles offrent des galets aux femelles, en vue de réchauffer le nid pour la fécondation.

En léchant l’urine des femelles, les girafes mâles peuvent savoir si elles sont fertiles.

Les chimpanzés ont des testicules 4 fois plus gros que celles d’un gorille : signe d’incertitudes au sein de leur société.

450. C’est le nombre d’espèces qui ont présenté des signes d’homosexualité.

Le pénis d’une bernacle mesure jusqu’à 30 fois la longueur de son corps.

Les femelles du lézard à queue en fouet se clonent elles-mêmes par accouplement et stimulations mutuelles. Il n’y a plus de mâles.

 

Infos pratiques :

Bêtes de sexe, la séduction dans le monde animal, jusqu’au 25 août 2013

Palais de la Découverte – Avenue Franklin Delano Roosevelt – 75008 Paris

Ouvert du mardi au samedi de 9h30 à 18h – dimanches/jours fériés de 10h à 19h

Tarifs : 8€, TR 6€ (-25 ans, étudiants, familles nombreuses)/ gratuit pour les -6ans

Renseignements : www.palais-decouverte.fr

De la schizophrénie dans le bocage

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Nul doute que cela fut réussi. Une chaine de plus de 35 000 opposants ont transformé la ZAD en protection du bocage. Et puis, il y avait les autres, dispersés, que la farandole n’excitait point ou qui n’avait pas pu la joindre lors de la photo officielle. Et ceux comptent aussi.

Qu’importe, car l’aéroport de Notre Dame des landes a encore pu constater combien le bocage lui disait non. Il n’y a d’ailleurs pas que les futures pistes qui se voient opposer un refus des potirons, bien que les écologistes et autres verts tiennent à ce qu’aucune autre contradiction n’émerge du bocage. Cela à grands renforts de « ne nous dispersons pas ». Les slogans doivent rester « agricoles ». A peine peut-on crier « Duflot démission ». Pourtant l’invective s’accompagne alors de sourires discrets, un rien complices. Quoi, qu’est-ce à dire ? Des écologistes contesteraient un projet de leur gouvernement, voire même un de leur ministre ? Ne nous égarons pas, rappelle-t-on avec plus ou moins de conviction. Non, l’Ayraulport ne passera pas, car les écolos désavouent le droit d’une « entreprise privée » (sic) à installer son terminal. Et puis, les verts ne seraient pas « au pouvoir ». Modestement, ils seraient « dépendants » des « oukases socialistes ». Voilà bien une schizophrénie drôlement aveuglée.

A y regarder de plus près, il est quand même fort de café de constater si peu d’embarras dans la critique. Car nos « amis » les écologistes défendraient la planète contre les promoteurs et constitueraient, si l’on peut dire, le « dernier rempart » contre les décisions de saccager la nature. J’ai bien essayé de comprendre comment cela était possible, mais à moins de sombrer dans une cécité schizophrène, je n’ai pas compris. Il est vrai que le mouvement écologiste a été rejoint par nombre de révoltés et que son parti-pris à demi libertaire lui offre parfois un capital de sympathie inaliénable. Mais à quoi servent les écologistes sinon à nous tromper ? Sont-ils contre l’état ? Non, contre l’autorité et la police ? Au contraire, ils en redemandent. Contre le salariat ? Non plus.

L’épuisement de ce que les marchands appellent des « ressources » apparaît dans la même ligne d’horizon que l’entassement des ordures. Après des siècles de misère, l’avenir de notre planète est désormais devenu clairement compromis. Il n’a fallu que quelques centaines d’années pour que le rapport marchand ravage la majeure partie de la planète, minéraux, végétaux, animaux. Mais voilà. Le capitalisme ne perd jamais seul. Les salariés en sont totalement dépendants pour survivre. Il n’y a pas d’en dehors du monde marchand. Partout, le capitalisme a étendu sa domination et sa guerre totale à ce qui fait le vivant. Le capitalisme a fait du travail salarié non seulement notre unique moyen de vivre, mais aussi notre seule existence sociale. Le travail salarié est une première violence faite à notre humanité. Mais sans travail, le salarié n’est plus qu’un paria. Le chômage est une seconde violence.

Ayant compris l’insupportable rôle du productivisme et annoncé la fin de l’exaction aveugle des ressources, les écologistes proposent alors une exploitation plus modérée, plus régulée en appelant l’état à organiser le rationnement. Certains apparemment décroissants prônent un jeûne volontaire de la consommation. Tout reste à vendre, même les déchets. Mais quoiqu’il en soit, le credo écologiste reste en plein accord avec le capitalisme : il faut que le salarié baisse sa consommation pour que la planète puisse encore supporter plus longtemps l’exploitation. En prêtant une oreille incrédule à ce raisonnement, je constatai que le prolétaire est encore floué, et plus même, puisqu’il est rendu responsable du saccage. Non, l’écologisme n’est pas une utopie libératrice, elle prolonge l’économie marchande par l’économie de la poubelle et l’exploitation par la misère volontaire. En prônant l’abstinence du consommateur, l’écologisme n’échappe nullement à la pauvreté classique du vieux monde. L’écologisme veut seulement rendre la marchandise plus présentable, écolo-compatible, voire équitable, mais sans aucune critique du rapport marchand. Le rapport marchand est une exploitation grossière qui économise notre vie à en mourir. L’écologisme n’y pourra rien. La question sociale ressurgit nécessairement.

Alors que viennent faire ces capitalistes du dénuement dans la ronde autour de ZAD ? Car, elle n’est pas anodine cette utilisation de l’espace reconquis, cette connivence de façade. Il s’agit pour les militants verts de contrôler, avec bienveillance certes, les protestataires qui partent à l’assaut de la reconquête des lieux, d’autant que chacun peut les reconnaître libertaires. L’escroquerie écologiste reste pourtant sensible et certains contestataires ne savent encore comment construire leur parole sans les apports hypocrites du discours écolo.

Occupons, occupons toujours le terrain. Car, nous, les opposants, tous ceux de la ZAD, sont beaucoup plus que ce que la farandole en voulu en faire. Ici se rencontrent des antiautoritaires, des anarchistes, des autonomes et autres antifas. Les révoltés n’ont nul besoin de se connaître pour se reconnaître. Nous sommes les résistants de la vie quotidienne, les expérimentateurs de l’anti-autoritarisme et les insurgés de la vie sociale. La ZAD est comme le point de ralliement provisoire de nos existences rebelles. Nous tous, nous le savons. La Commune n’est pas morte.

Thierry Lodé

Sexualité : les animaux ne manquent pas de pratiques !

Article de Futura Sciences.

Bien souvent, on résume la sexualité animale à la reproduction. Pourtant, l’Homme et les autres animaux s’adonnent à des pratiques diverses et variées qui montrent bien que l’acte sexuel n’est pas limité à la procréation : la masturbation, la fellation et la sodomie ne sont pas, en effet, seulement des pratiques inhérentes à l’humain.

« S’il devait exister une norme dans l’activité sexuelle des animaux, ce serait la diversité des pratiques. » Cette phrase vient de Thierry Lodé, spécialiste français de la question. L’espèce humaine n’est pas ignorante en la matière. De bons conseils sont même donnés dans le célèbre Kâmasûtra, livre indien écrit entre le VIe et le VIIe siècle. De leur côté, si les animaux ne savent ni lire ni écrire, ils sont tout à fait capables de faire preuve d’imagination lors de ces moments privilégiés. D’ailleurs, ils ne s’en privent pas !

« Il ne faut pas confondre acte sexuel et copulation, reprend le chercheur. Il existe beaucoup d’autres pratiques dans le milieu naturel. » Ceux qui ont un chien mâle à la maison en savent quelque chose : il est parfois envahi par le désir de se masturber. Les primates en général, les kangourous, mais aussi les tortues ou les criquets ne se gênent pas non plus.

Après l’onanisme du criquet, la fellation de la chauve-souris

Malgré tout, le sexe, c’est mieux à deux. Or, on a tendance à penser que dans le règne animal, il se limite à un rapport génital entre mâle et femelle. C’est faux. La fellation se pratique aussi chez nos plus proches cousins. Mettons de côté les bonobos, connus pour leur libertinage. Les orangs-outans n’hésitent pas à goûter aux plaisirs du sexe oral. Plus éloignée de nous dans l’arbre phylogénétique, la chauve-souris s’y adonne aussi, ce qui a valu à ses découvreurs le prix Ig Nobel 2010 de biologie. Une belle consécration.

Comme le démontre cette vidéo, la chauve-souris Cynopterus sphinx pratique la fellation. Cela prolongerait l’accouplement et augmenterait les chances de fécondation. © Madbal, YouTubeLa sodomie aussi se retrouve chez nos amis les bêtes. Chimpanzés, chiens, rats, taureaux… Elle a été observée chez de nombreuses espèces, et pas seulement lors de pratiques homosexuelles. Pourtant, elle n’a pas fait l’objet de vastes investigations de la part des scientifiques, qui ont sûrement encore beaucoup à découvrir sur la question.

Les pratiques sexuelles limitées par l’anatomie

Quand vient l’heure du rapport génital, l’espèce humaine n’a pas, là non plus, le monopole des positions. « Si le missionnaire est [la position] la plus utilisée chez l’Homme, gorilles ou orangs-outans aussi font l’amour en face-à-face, précise Thierry Lodé. Cette position a même été observée de manière exceptionnelle chez les chiens. Cependant, du fait de leur anatomie, elle est rendue très difficile. » Les contraintes anatomiques de la position du missionnaire expliqueraient pourquoi elle se retrouve surtout chez les grands singes hominoïdes.

Notre bipédie nous permet d’exprimer plus librement nos désirs et de diversifier davantage notre façon de faire, dans certaines limites, toutefois. « La sodomie est très peu pratiquée à la missionnaire chez l’espèce humaine, mais beaucoup plus généralement dans une position de levrette. Nous nous adaptons à la position et à la conformation de nos organes, nous aussi ! »

Autrement dit, la sexualité animale ne se donne pas d’autres limites que celles que le corps impose. Diverses, les pratiques ne sont pas toutes vouées à la reproduction : la preuve que le sexe n’a pas pour unique vocation la procréation. Il y a aussi, dans l’ensemble du règne animal, une dimension de plaisir.

Séduction : t’as d’belles phéromones, tu sais ?

Article de Futura Sciences.

Par Janlou Chaput, Futura-Sciences

Avant acte sexuel, il y a souvent séduction. Et si certains sens semblent plus utilisés que d’autres selon les espèces, il ne faut pas négliger l’ensemble des informations sensorielles qui émanent de l’être désiré. L’Homme, comme le papillon, se laisse par exemple envoûter par les phéromones du partenaire, comme l’explique à Futura-Sciences Thierry Lodé, grand spécialiste français de la sexualité animale.

Les espèces ne peuvent se perpétuer que si elles se reproduisent. Or, elles ne le font pas de manière hasardeuse. En 1871, Charles Darwin décrivait déjà dans son ouvrage La Filiation de l’Homme une notion nouvelle dans les sciences naturelles : la sélection sexuelle.

En approfondissant ses réflexions sur la sélection naturelle, il est le premier à avoir compris que chez les espèces sexuées, l’appariement était la conséquence de sélections, basées sur un certain nombre de critères. De la même façon que deux êtres humains se choisissent pour fonder une famille, les animaux ont eux aussi leurs propres fondements pour déterminer leur partenaire.

Ainsi, chacun met tout en œuvre pour plaire à l’autre sexe. Comment cela se passe-t-il ? Thierry Lodé, éthologue et spécialiste en écologie évolutive aux universités de Rennes 1 et d’Angers, donne à Futura-Sciences son point de vue sur la question.

Ne négliger aucun sens dans la sélection sexuelle

« Chez l’Homme comme chez les autres espèces animales sexuées, la séduction repose sur un ensemble de paramètres qui mettent en jeu tous les systèmes sensoriels. La question amoureuse est tellement importante qu’en général, on utilise tous les canaux à notre disposition », explique-t-il. Se mêlent alors des mécanismes conscients et inconscients qui vont animer l’individu.

« Il ne faut surtout pas rater une occasion lorsqu’elle se présente. La vue, l’odorat, le toucher et l’ouïe sont réquisitionnés et interviennent tous ensemble, aussi bien chez nous que chez les animaux. C’est la combinaison de tous ces facteurs qui font que l’on est séduit (ou pas) par l’autre », ajoute le chercheur.

Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir.
Certains papillons seraient capables de détecter un partenaire sexuel dans un rayon de 10 km grâce à leurs phéromones. Pourtant, si elles jouent un rôle indispensable dans la reproduction de ces espèces, elles ne sont pas les seules à intervenir. © Darkone, Wikipédia, cc by 2.5

Tomber amoureux par l’odeur

Si un physique, une voix et de la tendresse peuvent créer une inclination, nous n’avons pas consciemment le sentiment d’accorder beaucoup d’importance à ce que nous révèle notre nez. Pourtant, certains travaux scientifiques (parfois controversés) révèlent l’influence des émanations dans le sentiment amoureux chez l’Homme.

Par exemple, des études montrent que les femmes préfèrent les odeurs de sueur des hommes dotés d’un système immunitaire complémentaire au leur, de façon à engendrer une descendance très bien armée pour résister aux maladies. D’autres racontent que la copuline, une phéromone sécrétée par le vagin des primates (donc aussi par celui des femmes), indiquerait aux mâles la disponibilité sexuelle. Faut-il y croire ?

Des baisers pour découvrir les secrets de l’autre

« Les phéromones jouent un rôle dans la séduction chez l’Homme, tout comme la beauté, la parole, l’activité sociale, etc., reprend Thierry Lodé. On a souvent tendance à résumer l’attirance par un ou plusieurs canaux sensoriels dans le monde animal et à négliger les autres. On connaît par exemple l’importance des phéromones chez les papillons. Mais à elles seules, elles sont insuffisantes, et les autres sens interviennent avant ou après pour permettre l’accouplement. Même si leur part dans la séduction humaine est nettement moins forte, elles contribuent, à un certain niveau, au sentiment amoureux. »

Un autre exemple marquant est celui du baiser. « Hommes et animaux cherchent dans la salive de l’autre, à proximité de l’organe voméronasal [spécialisé dans la détection des phéromones, NDLR] du palais, à mieux cerner le système immunitaire du partenaire afin de déterminer la compatibilité. » Une immunité différente implique une complémentarité et une descendance plus résistante aux maladies, exactement comme avec la sueur. « D’où le refus de parenté dans le sexe, allant à l’encontre de la diversité », souligne le spécialiste.

Toutes les informations se mélangent dans notre cerveau qui analyse l’ensemble des données, et tombe parfois amoureux. « Il est impossible de résister au désir », conclut Thierry Lodé. Les corps se rapprochent : ils s’apprêtent enfin à passer à l’acte.

Sexualité : pour faire l’amour, commençons par faire la guerre

Si dans la nature on dit que les opposés s’attirent, ce n’est pas pour autant qu’ils font bon ménage. Ainsi, mâles et femelles du monde animal, parce qu’ils ont choisi des options différentes, entrent dans un conflit ouvert où il faut apprivoiser l’autre pour user au mieux de sa stratégie de reproduction. Ainsi est née la sexualité. Et la guerre qui l’accompagne, comme l’explique Thierry Lodé à Futura-Sciences.

La vie n’a pas besoin de sexe pour se reproduire. En témoignent les bactéries, certaines plantes, des champignons, voire quelques vertébrés : un clone de soi peut suffire. Pourtant, de nombreuses espèces, y compris la nôtre, ne peuvent se passer de ces relations privilégiées qui s’obtiennent souvent au prix d’efforts considérables. Pourquoi se donner tant de mal ?

En 1871, Charles Darwin inventait le concept de sélection sexuelle, inspiré de celui qu’il avait développé 12 ans plus tôt avec la sélection naturelle. Poussés par le désir de reproduction, mâles et femelles se livrent à des jeux de séduction, parfois gracieux, parfois violents, parfois impressionnants, de manière à susciter l’intérêt de l’autre. Chacun tente de trouver son ou sa partenaire, et ceux qui ont la chance de réussir sont en droit de goûter au sexe.

La sexualité animale : une guerre des genres

Mais la bagarre ne fait que commencer. « Les mâles et les femelles entrent dans un conflit sexuel , explique à Futura-Sciences Thierry Lodé, spécialiste d’écologie évolutive aux universités de Rennes 1 et d’Angers. Les mâles sont dans le quantitatif, les femelles dans le qualitatif. » Autrement dit, ils ne sont pas faits pour s’entendre… Pourtant il faut bien trouver un compromis !

Cette guerre réside dans les stratégies adoptées par les deux sexes. « La femelle mise sur un ovule de grosse taille qui exige beaucoup d’énergie. Son homologue investit sur le nombre et la mobilité. Ce processus contradictoire s’appelle l’anisogamie : les cellules sexuelles sont très dissemblables. Ainsi, la réussite d’un des deux sexes n’est pas celle de l’autre », détaille l’éthologue.

Les lionceaux risquent gros si jamais un nouveau mâle prend le contrôle de la troupe. Pour rendre les femelles sexuellement disponibles, les nouveaux maîtres des lieux se débarrassent de leurs petits afin d'engendrer une nouvelle descendance, porteuse de leurs gènes.
Les lionceaux risquent gros si jamais un nouveau mâle prend le contrôle de la troupe. Pour rendre les femelles sexuellement disponibles, les nouveaux maîtres des lieux se débarrassent de leurs petits afin d’engendrer une nouvelle descendance, porteuse de leurs gènes. © David Dennis, Wikipédia, cc by sa 2.0

L’infanticide, la solution extrême des mâles

Les rivaux ont plus d’un tour dans leur sac. « Pour s’assurer de la paternité, une espèce de mouche dispose d’un sperme hautement toxique. Si la femelle ose se reproduire avec un deuxième mâle, elle risque la mort. » Mieux vaut se montrer fidèle.

La mort est l’issue dans d’autres situations encore. Il existe ce cas célèbre du lion qui prend possession d’une troupe de lionnes. Le nouveau dirigeant se débarrasse des descendants de son prédécesseur sans demander l’avis des femelles. Celles-ci voient leurs portées décimées. Si elles veulent de nouveaux petits, elles devront se laisser approcher par le mâle dominant. « L’infanticide est le summum du conflit sexuel : la reproduction d’un des deux sexes réduit directement la descendance de l’autre », précise Thierry Lodé.

Le libertinage des femelles pour adoucir les mâles

Les femelles ne sont pas en reste. La mante religieuse n’hésite pas à dévorer son mâle pendant l’acte sexuel, par exemple. Mais parfois, elles usent de comportements bien plus subtils, comme dans notre espèce. « Le plus souvent, les femelles n’ont pas intérêt à faire savoir au mâle qui est le père. Ainsi, l’homme, pour être certain de ne pas se faire voler sa place, se prive de nombreuses conquêtes et reste auprès de sa belle. » Voilà peut-être l’une des raisons qui nous pousse à former des couples (plus ou moins) durables !

Une communauté de chimpanzés forme une grande famille. Même si les petits sont très liés à leur mère, ils passent de bras en bras et les mâles de la communauté contribuent à leur éducation. On ne sait jamais : dans le lot, il y a peut-être le leur...
Une communauté de chimpanzés forme une grande famille. Même si les petits sont très liés à leur mère, ils passent de bras en bras et les mâles de la communauté contribuent à leur éducation. On ne sait jamais : dans le lot, il y a peut-être le leur… © Shiny Things, Fotopédia, cc by 2.0

Pour les chimpanzés, comme pour la loutre ou d’autres animaux, la sournoiserie est poussée plus loin. « Les femelles vont copuler avec la plupart des mâles qui les intéressent et font preuve d’une très faible sélectivité. Chaque mâle qui passera se dira que ce sont peut-être ses petits, et ne manifestera alors aucune agressivité, limitant fortement les risques d’infanticide », poursuit le spécialiste ès sexualité.

Faites l’amour, pas la guerre ?

Chez nos proches cousins, ce comportement volage pousse les mâles à adopter tous les jeunes du groupe, et non à focaliser leur attention sur un ou quelques petits. « L’adoption existe dans le monde animal, avec le cas extrême du coucou [NDLR : qui pond dans le nid d’une autre espèce]. Les bêtes n’accordent en général pas beaucoup d’importance à leurs géniteurs, mais identifient très souvent les individus avec qui elles ont été élevées. » Il n’y a qu’à se rappeler des oies du célèbre éthologue autrichien Konrad Lorenz, suivi par toute une couvée d’oisillons dont il avait pris soin.

« Finalement, la vision moderne de la sexualité animale démontre quelques faiblesses dans la théorie de la sélection sexuelle telle que formulée par Darwin », affirme Thierry Lodé. Le naturaliste britannique défendait l’idée que chacun était animé par « le désir de laisser un maximum de descendants, ou de transmettre au mieux ses gènes dans une conception plus moderne. Or, le conflit des sexes pousse à réduire la reproduction de l’autre. La seule chose qui vaille dans cet antagonisme, c’est la possibilité de consentir ensemble à la reproduction. » Les hippies clament depuis longtemps qu’il faut faire l’amour plutôt que la guerre. La science semble nous dire qu’il faut d’abord se battre pour pratiquer le sexe.